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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301976

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301976

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. CHERIEF
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, M. A B, représenté par Me Ajil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ; elle est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation et ne prend pas en compte l'intégralité des critères énoncés par les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée de disproportion.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné M. Cherief, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril 2023 à 14h30 :

- le rapport de M. Cherief, magistrat désigné,

- les observations de Me Ajil, qui conclut aux mêmes fins que la requête, sollicite l'admission de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a soulevé de nouveaux moyens tirés de ce que M. B a été victime de discrimination et de violence de la part de la police, de ce qu'il est établi que les trottinettes appartenaient au requérant et à ses frères ; en outre Me Ajil a souhaité montrer au tribunal, sur un téléphone portable, une vidéo des violences alléguées commises par les forces de police sur le requérant qui n'a été n'a pas été visionnée, ni enregistrée ou communiquée ;

- les observations de M. B, par l'intermédiaire de Mme C, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 15h16.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 8 juillet 1996 en Tunisie, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

5. L'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. B ne justifie pas de la régularité de son entrée sur le territoire français, sur lequel il s'est maintenu en situation irrégulière sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et examine les conséquences de la décision attaquée sur la vie privée et familiale du requérant. Dès lors, l'arrêté explicite toutes les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour obliger M. B à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que le préfet a, de manière erronée, mentionné qu'il est dépourvu de toute attache familiale en France, dès lors que ses deux frères et son père, ainsi que ses tantes, cousins et cousines, résident en France, il ne produit aucune pièce à l'appui de sa requête de nature à établir la réalité de ces allégations. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2016 et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national depuis cette date sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, le requérant est célibataire, sans enfants et il ne produit aucune pièce de nature à établir que l'ensemble de sa famille réside en France, ainsi qu'il le fait valoir, ou même l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec cette dernière. Dès lors, eu égard à ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, M. B n'est pas fondé à faire valoir que la décision attaquée est entachée d'un erreur d'appréciation ou qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

11. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. En l'espèce, la décision attaquée vise les articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le requérant est entré en France en 2016 et indique que l'intéressé ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Elle fait également état de l'inexécution, par M. B, d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 septembre 2019 et précise que la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public en raison de son interpellation, le 21 avril 2023, pour des faits de violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner concrètement sa situation au regard des exigences des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En second lieu, et pour des motifs identiques à ceux exposés au point 8 du présente jugement, M. B n'est pas fondé à faire valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ni qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, compte tenu de sa situation privée et familiale, ainsi que de la précédente mesure d'éloignement à laquelle M. B n'a pas déféré, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en assortissant l'obligation de quitter le territoire français en litige d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et ce, nonobstant la circonstance, à la supposer établie, qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle est entachée de disproportion doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais de procédure :

15. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Dès lors, son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

H. CHERIEFLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière

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