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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302155

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302155

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302155
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2023, M. D A E, représenté par Me Frédéric Rossler, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. D A E une carte de séjour temporaire, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros courant à compter de l'expiration dudit délai.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- La décision litigieuse de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure, en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour et méconnaît les dispositions des articles L. 312-1 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenus, depuis le 1er mai 2021 respectivement les articles L. 432-14 et L. 435-1 ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes a subordonné son admission exceptionnelle au séjour à la production d'une autorisation de travail préalablement demandée par l'employeur ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Frédéric Rossler, représentant M. A E.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A E, ressortissant tunisien né le 18 février 1976, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale le 30 décembre 2019. Par arrêté du 24 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Dans les départements de plus de 500 000 habitants, une commission peut être instituée dans un ou plusieurs arrondissements. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser la délivrance d'un titre que si l'étranger justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans.

3. A supposer même qu'il doive être regardé comme ayant entendu se prévaloir des dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A E, qui fait valoir, sans l'établir, être entré sur le territoire français en 2009, produit à l'appui de sa requête des pièces ne témoignant que d'une présence ponctuelle et épisodique sur le territoire français entre 2012 et 2019. Ainsi, M. A E n'établit pas, par les pièces qu'il verse au dossier, résider habituellement, à la date de la décision attaquée, sur le territoire français depuis dix années. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure au motif que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". et aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () " En présence d'une demande de régularisation présentée, sur ce fondement, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. D'une part, ainsi que cela a été précisé au point 3 du présent jugement, M. A E, qui fait valoir, sans l'établir, être entré sur le territoire français en 2009, ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, l'ancienneté et la continuité de son séjour en France. Par ailleurs, le requérant se prévaut de son mariage depuis 2017 avec Mme B F, une compatriote titulaire d'une carte de résident, avec laquelle il a eu un enfant né le 10 août 2018 à Nice. Toutefois, il ne produit aucune pièce établissant la réalité d'une communauté de vie avec cette dernière. Il ne démontre pas davantage qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours sur son épouse en date du 6 avril 2022. Enfin, le requérant ne produit aucun élément de nature à justifier d'une intégration particulière au sein de la société française.

6. D'autre part, M. A E ne peut utilement faire valoir que le préfet aurait commis une erreur de droit ou une dénaturation des faits en examinant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa situation professionnelle dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes a fondé son refus sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard exclusivement de sa situation personnelle et familiale.

7. En l'espèce, aucun des éléments précédemment examinés relatifs à la situation personnelle du requérant ne relève de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite M. A E n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit, ni même qu'elles constituent une violation des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Pour les mêmes motifs que ceux développés précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet des Alpes-Maritimes doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente-rapporteure ;

M. Soli, premier conseiller ;

M. Holzer, conseiller ;

Assistés de Mme Daverio, greffière

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,L'assesseur le plus ancien,

Signé Signé

M. POUGET M. SOLI

La greffière,

Signé

M-L DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière,

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