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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302202

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302202

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. CHERIEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mai et 7 juin 2023, M. D C, représenté par Me Karzazi, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, dans les mêmes conditions, un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre une somme de 900 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle ;

- le refus de délai de départ volontaire est entaché d'un défaut de motivation et d'une erreur de fait, dès lors qu'il est entré sur le territoire français en février 2023, soit moins de trois mois avant l'arrêté litigieux et qu'il dispose d'attaches familiales, puisqu'il est hébergé chez Mme B C qui jouit de la nationalité française, et qui réside à Nice avec ses deux enfants, également français ;

- la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord cadre France-Tunisie du 28 avril 2008 relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé à Tunis le 28 avril 2008, publié par décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Cherief, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 à 14h30 :

- le rapport de M. Cherief, magistrat désigné.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 10 mai 1989, a fait l'objet d'un arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en date du 3 mai 2023, a été signé par M. A E, chef du pôle contentieux. Par arrêté n° 2023-297 du 25 avril 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n° 95-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. E a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de renvoi ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas, préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige, procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu irrégulièrement sans chercher à régulariser sa situation. Il est constant que si le requérant fait état d'un projet de mariage avec une ressortissante espagnole, dont il n'établit pas la réalité, il était célibataire à la date de la décision attaquée, et n'établit pas qu'il menait avec cette personne une vie commune effective, dès lors qu'il reconnaît lui-même avoir l'intention de la rejoindre en Espagne. Enfin, M. C, qui est sans enfant, n'établit par aucune pièce versée au dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale en Tunisie, pays dont il possède la nationalité et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans, nonobstant la présence en France de Mme B C et de ses enfants, de nationalité française, chez qui le requérant allègue être hébergé, mais dont la nature des liens qu'ils entretiendraient avec M. C n'est pas précisée. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a examiné les conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle et familiale de M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit doit être écarté.

6. En cinquième lieu, si M. C fait valoir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ni celle lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français n'ont pour objet de fixer le pays de destination. Dès lors, le requérant ne peut se prévaloir utilement, à l'encontre de ces deux décisions, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A supposer même que le requérant ait entendu diriger ce moyen à l'encontre de la décision fixant le Tunisie ou tout pays dans lequel il serait légalement admissible comme pays de destination, il n'assortit ses allégations d'aucun élément permettant d'établir le caractère actuel et personnel des risques de traitement inhumain ou dégradant auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Pour des motifs identiques à ceux exposés au point 4 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à faire valoir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. En premier lieu, la décision vise les articles L. 612-1 à L. 612-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite les dispositions du 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Il précise que l'intéressé ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, ou Schengen, qu'il se maintient de manière irrégulière depuis trois mois sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Ainsi, la décision attaquée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En second lieu, en se bornant à faire valoir qu'il est entré très récemment sur le territoire français en février 2023, soit trois mois avant l'intervention de la décision litigieuse, M. C ne conteste pas utilement le moyen retenu par le préfet des Alpes-Maritimes pour lui refuser un délai de départ volontaire, tiré du caractère irrégulier de son entrée sur le territoire français et de l'absence de demande de titre de séjour. Par ailleurs, en se bornant à produire une quittance de loyer au nom de Mme B C, le requérant n'établit pas qu'il serait, ainsi qu'il l'allègue, hébergé par cette dernière et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale au sens des dispositions précitées du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. En premier lieu, dès lors qu'il n'établit pas l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à faire valoir que la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette décision. Par suite ce moyen doit être écarté.

13. En second lieu, en se bornant à faire valoir, sans l'établir, qu'il est hébergé par Mme B C et ses enfants, qui possèdent la nationalité française, sans préciser la nature des liens existant entre eux, M. C n'établit pas qu'il possède des liens familiaux stables et anciens et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce que le préfet des Alpes-Maritimes prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

H. CHERIEFLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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