vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2302203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. CHERIEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mai 2023, Mme E A C, représentée par Me Laïfa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et lui accorder, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travailler ;
3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat, à verser à Me Laïfa, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision refusant un titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- sa demande de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, notamment au regard des dispositions de l'article L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- le préfet ne fait valoir aucune base légale pour fonder la décision attaquée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas apprécié sa situation personnelle et familiale.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Par un courrier du 6 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en litige, en tant qu'il porterait refus de délivrance d'un titre de séjour, sont irrecevables dans la mesure où, lorsque un étranger s'est borné à demander l'asile, sans présenter de demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement, si le préfet fait précéder, dans le dispositif de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, cette décision d'un article constatant le rejet de la demande de titre de séjour de l'étranger, cette mention, qui est superfétatoire, ne revêt aucun caractère décisoire.
Mme A C a présenté des observations par un mémoire enregistré le 7 juin 2023.
Par une décision du 8 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Nice a admis Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Cherief, conseiller, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 :
- le rapport de M. Cherief, magistrat désigné ;
- les observations de Me Laïfa, représentant Mme A C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et qui développe de nouveaux moyens tirés de ce qu'en cas d'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour, l'ensemble des moyens dirigés contre ce dernier sont redirigés contre l'obligation de quitter le territoire français, de ce qu'elle pouvait déposer une nouvelle demande de titre de séjour postérieurement au délai de deux mois suivant le dépôt de sa demande d'asile en cas de circonstances nouvelles et de ce que le préfet n'a pas répondu à sa demande de titre de séjour qui lui a été notifié le 8 août 2022. Me Laïfa a, en outre, sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A C, a été enregistrée le 12 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante gabonaise née le 8 octobre 1993, a fait l'objet d'un arrêté en date du 1er mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme A C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Par une décision du 8 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Nice a admis Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu, de statuer sur les conclusions de la requête tendant à admettre Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le prononcé, par l'autorité administrative, à l'encontre d'un ressortissant étranger d'une obligation de quitter le territoire français notamment sur le fondement du 4° de cet article n'est pas subordonné à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. Ainsi, lorsque l'étranger s'est borné à demander l'asile, sans présenter de demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement, il appartient au préfet, après avoir vérifié que l'étranger ne pourrait pas prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour, de tirer les conséquences du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmé le cas échéant par la Cour nationale du droit d'asile, sans avoir à statuer explicitement sur le droit au séjour de l'étranger en France. Lorsque le préfet fait néanmoins précéder, dans le dispositif de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, cette décision d'un article constatant le rejet de la demande d'asile de l'étranger, cette mention ne revêt aucun caractère décisoire et est superfétatoire.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si Mme A C a sollicité le bénéfice de l'asile, elle n'établit pas, par les pièces qu'elle verse au dossier, avoir formé une demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement. Si la requérante établit, par les pièces qu'elle verse au dossier, avoir formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour et une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, il est constant que cette demande a été notifiée à la préfecture le 8 août 2022 et que le préfet n'a pas répondu à cette demande. Dès lors, en raison du silence gardé par le préfet, une décision implicite de rejet est née le 9 décembre 2022, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, la requérante n'établit pas, ni même n'allègue, avoir depuis cette date formé une nouvelle demande de titre de séjour. Le préfet, après avoir relevé dans les motifs de l'arrêté en litige que la reconnaissance de la qualité de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire avaient été refusés à l'intéressée, a énoncé à l'article 1er de cet arrêté que " la demande de délivrance de titre de séjour en qualité de protégé international de Mme A C est rejetée ". Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que nonobstant cette mention, l'arrêté contesté ne peut être regardé ni comme statuant sur la demande d'asile de l'intéressée, le rejet de cette demande procédant de la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile, ni même comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. En outre, s'il ressort des termes même de l'arrêté en litige que le préfet a recherché d'office, avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français, non seulement si Mme A C pouvait prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour mais également si sa situation pouvait être régularisée, l'arrêté contesté ne saurait être regardé comme ayant entendu statuer sur une demande de titre de séjour, en l'absence de toute demande présentée à ce titre. La mention figurant à l'article 1er étant superfétatoire, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions de la requérante dirigées contre " la décision portant refus de séjour " doivent donc être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que Mme A C ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dès lors que la mention figurant à l'article 1er de l'arrêté en litige est purement superfétatoire. Par suite le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour doit être écarté.
8. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, directrice de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par un arrêté n° 2023-297 du 25 avril 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n° 95-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme B a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
9. En troisième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la demande d'asile, présentée par la requérante pour elle-même et pour ses enfants, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 8 octobre 2021 et que son recours formé contre cette décision a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 30 juin 2022. Elle souligne que l'intéressée s'est vu refuser le bénéfice du statut de réfugié mais également le bénéfice de la protection subsidiaire. Par suite, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec une précision suffisante afin de permettre à la requérante d'en discuter le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes ne fait valoir aucune base légale pour fonder la décision attaquée doit être écarté.
10. En quatrième lieu, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que la décision attaquée ne portait pas une atteinte disproportionnée au respect du droit de la requérante à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas apprécié la situation personnelle et familiale de Mme A C doit être écarté.
11. En cinquième lieu, et ainsi que cela a été dit au point 6 du présent jugement, si Mme A C établit, par les pièces qu'elle verse au dossier, avoir formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour et une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant européen, il est constant que cette demande a été notifiée à la préfecture le 8 août 2022 et que le préfet n'y a pas répondu. Dès lors, en raison du silence gardé par le préfet sur cette demande, une décision implicite de rejet est née le 9 décembre 2022, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la requérante n'établit pas, ni même n'allègue, avoir, depuis cette date, formé une nouvelle demande de titre de séjour. Ainsi, la requérante ne peut utilement faire valoir que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas examiné la demande d'admission au séjour de Mme A C au regard des dispositions du 4° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est constant qu'aucune nouvelle demande sur ce fondement n'a été formée par l'intéressée. Pour les mêmes motifs, elle ne peut utilement faire valoir que sa demande de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'examen particulier notamment au regard des dispositions de l'article L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier de sa demande de titre de séjour doivent être écartés.
12. En sixième lieu, Mme A C ne saurait utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent la délivrance des titres de séjour, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écartée.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C est entrée sur le territoire français le 10 décembre 2018, sous couvert d'un visa Schengen valable du 23 novembre 2018 au 20 février 2019, contrairement à ce que fait valoir le préfet. Il est constant que la requérante est célibataire et, si elle fait valoir que sa fille possède la nationalité néerlandaise, elle ne l'établit par aucune pièce du dossier, dès lors que l'acte de naissance établit par les autorités gabonaises ne mentionne pas la nationalité de l'enfant, tout comme l'acte de naissance établit par les autorités hollandaises produit par la requérante, alors que l'attestation de demande d'asile délivrée par les autorités françaises précise que la fille de Mme A C possède, tout comme son fils, la nationalité gabonaise. Par ailleurs, si les deux enfants de la requérante sont scolarisés en France, l'intéressée ne se prévaut d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'ils soient en mesure de poursuivre une scolarité équivalente au Gabon, pays dont ils possèdent tous deux la nationalité. En outre, Mme A C n'établit pas qu'elle est dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, la requérante ne justifiant d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale puisse s'y reconstituer, dès lors, notamment qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de sa fille, de nationalité hollandaise, contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Enfin, en se bornant à produire deux promesses d'embauche, en date respectivement du 25 juillet 2022 et du 3 mars 2023, pour des emplois de " runneuse " et de serveuse, et à se prévaloir de son activité de au sein du Secours populaire français, Mme A C ne justifie d'aucune insertion professionnelle particulière. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En huitième lieu, ainsi que cela a été précisé au point 14 du présent jugement, la requérante n'établit par aucune pièce du dossier que sa fille posséderait la nationalité hollandaise, dès lors que l'acte de naissance établit par les autorités gabonaises ne mentionne pas la nationalité de l'enfant, tout comme l'acte de naissance établit par les autorités hollandaises produit par la requérante, et ce alors que l'attestation de demande d'asile délivrée par les autorités françaises précise que la fille de Mme A C possède, tout comme son fils, la nationalité gabonaise. Par ailleurs, si les deux enfants de Mme A C sont scolarisés en France depuis 2018, la requérante ne se prévaut d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'ils soient en mesure de poursuivre une scolarité équivalente au Gabon ou même à ce que la cellule familiale puisse s'y reconstituer, dès lors, notamment, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de sa fille, de nationalité hollandaise, contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3,1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
16. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
17. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prendre à l'encontre de Mme A C l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance que la demande d'asile, présentée par la requérante pour elle-même et pour ses enfants, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 8 octobre 2021 et que son recours formé contre cette décision a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 30 juin 2022. Dès lors, le préfet doit être regardé comme ayant fondé l'obligation de quitter le territoire français en litige sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, Mme A C ne peut utilement faire valoir que la décision attaquée mentionne de manière erronée qu'elle est entrée irrégulièrement sur le territoire français et qu'elle ne prend pas en compte son expérience professionnelle, le préfet ne s'étant pas fondé sur de tels motifs pour obliger la requérante à quitter le territoire français. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 15 du présent jugement que la requérant n'établit par aucune pièce du dossier que sa fille posséderait effectivement la nationalité hollandaise. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait doit être écartée.
En ce qui concerne le pouvoir de régularisation du préfet :
18. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la possibilité d'une mesure de régularisation au vu du droit de Mme A C au respect de sa vie privée et familiale, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code. Pour des motifs identiques à ceux exposés au point 14 du jugement, Mme A C n'est pas fondée à faire valoir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du même code. Par suite, ces moyens, à les supposer soulevés, doivent être écartés.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais d'instance :
20. Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme A C à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
H. CHERIEFLe greffier,
Signé
A. STASSI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026