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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302409

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302409

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTRIFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2023, M. A B, représenté par son curateur, l'association tutélaire des majeurs protégés (ATIAM), ayant pour avocat Me Trifi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 15 mars 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui renouveler sa carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Trifi au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Raison, rapporteure ;

- et les observations de Me Trifi, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 22 septembre 1969 à Tunis, placé sous curatelle renforcée de l'ATIAM par décision de maintien de mesure du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nice en date du 27 février 2020, a bénéficié d'une carte de résident du 3 juin 2012 au 4 juin 2022, dont il a sollicité le renouvellement. Par décision en date du 15 mars 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui accorder le renouvellement de sa carte de résident au motif qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pour des faits d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" lui est alors délivrée de plein droit ".

3. En l'espèce, dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision litigieuse, laquelle a été de surcroît prise antérieurement à l'expiration de la carte de résident du requérant, il doit être considéré comme ayant entendu procéder au retrait de ladite carte. Il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet des Alpes-Maritimes a retenu que l'intéressé avait été définitivement condamné le 21 juin 2021 par le tribunal correctionnel de Nice pour des faits d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste. Or, les infractions susceptibles de justifier un retrait de carte de résident sont les menaces et actes d'intimidation commis contre les personnes exerçant une fonction publique (code pénal, art. 433-3), la soustraction et le détournement de biens contenus dans un dépôt public (code pénal, art. 433-4), l'outrage adressé à une personne dépositaire de l'autorité publique ou à une personne chargée d'une mission de service public (code pénal, art. 433-5), l'outrage public vis-à-vis de l'hymne national ou du drapeau tricolore commis en réunion (code pénal, art. 433-5-1) et la rébellion (code pénal, art. 433-6). Ainsi que le fait valoir M. B, les faits d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste pour lesquels il a été condamné n'entrent en tout état de cause pas dans le champ de ceux visés par l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 15 mars 2023 litigieuse est entachée d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard aux motifs qui précèdent, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B une carte de résident d'une durée de dix ans, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Trifi, avocate de M. B, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, laquelle a renoncé par avance au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes en date du 15 mars 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une carte de résident de dix ans à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 900 euros à Me Trifi, conseil de M. B, en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, cette dernière ayant renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'association tutélaire des majeurs protégés, à Me Trifi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

L. RAISONLe président,

O. EMMANUELLI

La greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

2302409

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