mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2302418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2023, M. B A, représenté par Me Garelli, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable dès lors que le recours gracieux a été présenté dans le délai de deux mois suivant la notification de l'arrêté du 28 novembre 2022 ;
- le préfet a entaché la décision attaquée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour devait être saisie préalablement compte tenu de sa durée de présence en France ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté.
Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées le 27 août 2024 pour le requérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- et les observations de Me Garelli, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 29 décembre 25 avril 1965, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 28 novembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux réceptionné par le préfet des Alpes-Maritimes le 20 janvier 2023.
2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () / II.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () / II.- Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. / Lorsque le délai est de quarante-huit heures ou de quinze jours, le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Pour rendre opposable le délai de recours contentieux, conformément à ce que prévoit l'article R. 421-5 du code de justice administrative, l'administration est tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions la mention des délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais des recours administratifs préalables obligatoires. Elle n'est pas tenue d'ajouter d'autres indications, comme notamment les délais de distance, la possibilité de former des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs ou la possibilité de former une demande d'aide juridictionnelle. Si des indications supplémentaires sont toutefois ajoutées, ces dernières ne doivent pas faire naître d'ambiguïtés de nature à induire en erreur les destinataires des décisions dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours effectif, tel que protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. En l'espèce, l'arrêté du 28 novembre 2022 indique, d'une part, les conditions d'introduction d'un recours administratif, gracieux et hiérarchique, d'autre part, que le recours contentieux doit être introduit dans un délai de quarante-huit heures. De plus, cet arrêté mentionne en des termes dépourvus d'équivoque que " le recours juridictionnel n'est pas prorogé par la présentation préalable d'un recours administratif ". Dans ces conditions, la notification de l'arrêté du 28 novembre 2022 ne comportait aucune ambiguïté de nature à induire en erreur l'intéressé quant aux effets d'un recours administratif préalable sur la conservation des délais de recours contentieux. M. A n'a donc pas été privé de son droit à un recours contentieux effectif.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté du préfet des Alpes-Maritimes, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifié à M. A le 28 novembre 2022 à 16 heures et 10 minutes. M. A, qui disposait d'un délai de recours contentieux expirant le 30 novembre 2022 à 16 heures et 10 minutes, en application des dispositions précédemment citées, a saisi le tribunal administratif de Nice le 20 mai 2023. La circonstance, invoquée par le requérant, que ce dernier ait reçu l'ordre de se présenter au tribunal judiciaire de Nice le 1er février 2023 est sans incidence sur l'expiration du délai de recours. Par suite, et dès lors que l'exercice par M. A d'un recours gracieux n'était pas de nature à proroger le délai de recours contentieux en application des dispositions de l'article R. 776-5 du code de justice administrative, sa requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nice le 20 mai 2023 était tardive.
6. En second lieu, l'arrêté du 28 novembre 2022 étant devenu définitif le 30 novembre 2022, la décision implicite du préfet des Alpes-Maritimes rejetant le recours gracieux reçu en préfecture le 20 janvier 2023, lequel ne contenait aucun élément de droit ou faits nouveaux, n'est que purement confirmative. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision implicite sont irrecevables.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022 et de la décision rejetant le recours gracieux formé contre cet arrêté, présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. SoliLa greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
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