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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302431

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302431

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.COMBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 mai 2023 et 14 juin 2023, M. B A C, représenté par Me Karzazi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour en France d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Shengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

S'agissant de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai.

Des pièces, présentées par le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 14 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Combot, conseiller.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2023 :

- le rapport de M. Combot, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Karzazi, représentant M. A C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 19 mai 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. B A C, né le 2 avril 1990 et de nationalité tunisienne, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à l'exécution de cet arrêté. M. A C demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A C, célibataire et sans charge de famille, indique être entré en France en 2016 et a été titulaire d'un titre de séjour " travailleur saisonnier " du 10 mai 2016 au 9 mai 2019. Il indique s'être maintenu sur le territoire français à l'expiration de ce titre. Il n'a en revanche pas engagé de démarches pour régulariser sa situation administrative en France ou dans un autre Etat de l'espace Schengen. Par ailleurs, bien qu'il produise quelques documents médicaux et bancaires, l'intéressé ne démontre pas sa présence continue sur le territoire français. Il ressort également du procès-verbal d'audition que M. A C déclare vivre chez son père et que le reste de sa famille vit en Tunisie. Il s'ensuit que le requérant ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine. Enfin l'intéressé n'apporte aucune preuve d'une intégration sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. A C, ce dernier ne peut soutenir avoir construit le centre de ses intérêts privés en France. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée par la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes vise les articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il indique que l'intéressé ne présente pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ou sur le territoire d'un autre Etat de l'espace Schengen, qu'il s'est maintenu sur le territoire français depuis l'expiration de son dernier titre de séjour expiré depuis plus d'un mois, qu'il a explicitement déclaré dans son audition son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est insuffisamment motivée.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Par ailleurs, l'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

6. Le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, pour refuser à M. A C un délai de départ volontaire, sur des circonstances de faits relatives à sa situation personnelle rappelées au point 4. A cet égard, si l'intéressé produit le titre de séjour dont il a été titulaire du 10 mai 2016 au 9 mai 2019 ainsi que des documents médicaux et un document bancaire et qu'il indique être hébergé par son père, ces éléments ne sont pas de nature à établir la régularité du séjour et le caractère effectif et permanent de sa résidence. A supposer même que l'adresse qu'il a communiquée puisse être regardée comme une résidence effective et permanente, le préfet s'est en tout état de cause également fondé sur le motif tiré de ce que M. A C n'a pas sollicité la délivrance d'un titre à l'expiration de son titre de séjour et qu'il a explicitement déclaré lors de son audition son intention de ne pas se conformer à une obligation d'éloignement. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls motifs. Par suite, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français

7. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de ces mesures à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions du requérant présentées à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. CombotLe greffier,

Signé

A. Stassi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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