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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302457

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302457

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ASSO - CHRESTIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 23 mai 2023 et 24 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle la maire de Valdeblore a délivré tacitement à M. A un permis de construire portant sur la réalisation d'un chalet d'habitation sur la parcelle cadastrée section D n°1026, située Chemin de la Tatairette.

Le préfet soutient que le permis de construire litigieux a été délivré en méconnaissance des prescriptions imposées par les dispositions de l'article III.1.1 du titre III du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles de crues torrentielles, approuvé par un arrêté préfectoral du 12 mars 2008.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, la commune de Valdeblore, prise en la personne de sa maire en exercice, représentée par Me Chrestia, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité du déféré du préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que le tribunal mette à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- le déféré du préfet des Alpes-Maritimes est irrecevable dès lors que ce dernier ne justifie pas avoir accompli de manière régulière les exigences procédurales imposées par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, l'unique moyen du déféré n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à M. B A qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 10 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2023 à 12 heures.

Par un courrier du 2 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer afin de permettre l'intervention éventuelle d'une mesure de régularisation concernant le vice tiré de la méconnaissance des prescriptions imposées par l'article III.1.1 du titre III du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles de crues torrentielles, approuvé par un arrêté préfectoral du 12 mars 2008.

Le préfet des Alpes-Maritimes a produit ses observations par un mémoire enregistré le 5 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- et les observations M. C, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 octobre 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un permis de construire portant sur la réalisation d'un chalet d'habitation sur la parcelle cadastrée section D n°1026, située chemin de la Tatairette à Valdeblore. Par un courrier du 16 mars 2023, la maire de la commune a informé M. A qu'il était titulaire, depuis le 6 décembre 2022, d'un permis de construire tacite. Par le présent déféré, le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la maire de Valdeblore a tacitement délivré à M. A le permis de construire sollicité le 6 octobre 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Valdeblore :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'auteur d'un recours contentieux est tenu de notifier une copie du recours tant à l'auteur de l'acte ou de la décision qu'il attaque qu'à son bénéficiaire. Il appartient au juge, au besoin d'office, de rejeter le recours comme irrecevable lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par les dispositions précitées. La production du certificat de dépôt de la lettre recommandée suffit à justifier de l'accomplissement de la formalité de notification prescrite à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il n'est pas soutenu devant le juge qu'elle aurait eu un contenu insuffisant au regard de l'obligation d'information qui pèse sur l'auteur du recours.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le présent déféré préfectoral a été notifié par le préfet des Alpes-Maritimes, dans les formes prescrites par les dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, le 23 mai 2023 tant à la maire de Valdeblore qu'à M. A, bénéficiaire de l'autorisation d'urbanisme attaquée, la production du certificat de dépôt des lettres recommandées suffisant à justifier de l'accomplissement de ces formalités de notification. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Valdeblore tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article III.1.1 du chapitre 1 du titre III du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles (ci-après, " PPRNP ") de crues torrentielles, approuvé par un arrêté préfectoral du 12 mars 2008 : " Sont interdits : / A l'exception de ceux mentionnés à l'article III.1.2, tous les ouvrages ou constructions, toute les occupations et utilisations du sol, tous les travaux, aménagements ou installations de quelque nature qu'ils soient, y compris : / les déblais et remblais de tout volume () ". Aux termes de l'article III.1.2 de ce même chapitre : " Sont autorisés avec prescriptions (sous réserve de ne pas aggraver les risques ou leurs effets, de ne pas en provoquer de nouveaux et de ne pas augmenter significativement le nombre de personnes exposées) : / () Les aménagements d'accès à des bâtiments existants sous réserve qu'ils n'aggravent pas les risques et qu'ils ne fassent pas obstacle à l'écoulement. / () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, comme le soutient le préfet des Alpes-Maritimes et le reconnait d'ailleurs expressément la commune de Valdeblore, qu'une partie des déblais nécessaires à la réalisation de l'aménagement de l'accès au projet de construction autorisé par le permis de construire attaqué a vocation à être réalisée au sein d'une zone identifiée par le PPRNP de crues torrentielles comme étant une zone de danger où l'ampleur des phénomènes est redoutable en raison soit des conditions hydrodynamiques soit des phénomènes associés (zone rouge " R ") et au sein de laquelle les déblais et remblais sont, par principe, interdits. En outre, il est constant que la dérogation prévue par les dispositions précitées de l'article III.1.2 de ce même PPRNP permettant la réalisation, au sein d'une telle zone rouge, des aménagements nécessaires à l'accès aux constructions ne concernent que les cas où de tels aménagements portent sur les accès à une construction existante, et non les cas, comme en l'espèce, où ils portent sur les accès à une construction à édifier. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à soutenir que le projet autorisé par le permis de construire attaqué méconnaît les prescriptions imposées par les dispositions citées au point précédent du PPRNP de crues torrentielles en ce qu'il autorise la réalisation de déblais au sein d'une zone rouge sans, d'une part, que des tels aménagements ne puissent bénéficier des dérogations prévues par l'article III.1.2 de ce même plan de prévention ni, d'autre part, que la circonstance invoquée par la commune de Valdeblore selon laquelle il existe de nombreuses constructions autour du terrain d'assiette du projet litigieux ne puisse avoir, en l'espèce, une quelconque influence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme contestée.

7. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à soutenir que le permis de construire qui a été tacitement délivré par la maire de Valdeblore à M. A à la suite de sa demande datée du 6 octobre 2022, est entaché d'illégalité.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

9. Il résulte des dispositions citées au point précédent, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

10. En l'espèce, le vice dont le présent jugement reconnaît, à son point 6, qu'il entache d'illégalité le permis de construire en litige, apparaît susceptible d'être régularisé par une autorisation d'urbanisme modifiant, dans le respect des prescriptions imposées par le PPRNP de crues torrentielles, les conditions d'accès au projet autorisé par ce permis de construire sans qu'une telle modification n'implique d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Un tel vice est donc susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Les parties ayant été avisées, par un courrier du 2 décembre 2024, de la possibilité de mettre en œuvre les dispositions de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer sur le déféré du préfet des Alpes-Maritimes et de fixer tant à M. A qu'à la commune de Valdeblore, un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement pour communiquer, le cas échéant, au tribunal une mesure de régularisation dudit vice.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur le déféré du préfet des Alpes-Maritimes jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement afin de permettre à M. A et à la commune de Valdeblore de communiquer, le cas échéant, au tribunal une mesure de régularisation du vice mentionné au point 6 du jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Alpes-Maritimes, à la commune de Valdeblore et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2302457

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