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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302716

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302716

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.Silvestre-Toussain-Fortesa
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 juin 2023 et 28 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Menton a refusé de lui accorder une aide individuelle à la formation pour suivre une formation de " DESU Ingéniérie de projets et financements européens ", ensemble la décision du 12 janvier 2023 de rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de ladite décision ;

2°) d'annuler la décision du 5 avril 2023 par laquelle le médiateur régional de Pôle emploi a mis fin à la procédure de médiation ;

3°) d'enjoindre à France travail, direction régionale Provence-Alpes-Côte d'Azur, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de France travail, direction régionale Provence-Alpes-Côte d'Azur, la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que la décision attaquée est entachée :

- d'une insuffisance de motivation ;

- d'une erreur de droit ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 aout 2023, le directeur régional de France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur, représenté par Me Andreani, conclut au rejet de la requête, le cas échéant en faisant droit à la substitution de motif qu'elle sollicite et tirée de l'incapacité pour Mme B d'obtenir, par la formation souhaitée, les compétences nécessaires à la réalisation de son projet professionnel.

France Travail soutient que les moyens soulevés à l'appui des conclusions de la requête ne sont pas fondés et qu'en tout état de cause la décision attaquée est également fondée sur le motif, qu'il y aurait lieu le cas échéant de substituer aux motifs déjà retenus, tiré de l'incapacité pour Mme B d'obtenir, par la formation souhaitée, les compétences nécessaires à la réalisation de son projet professionnel.

Par un courrier du 19 aout 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 5 avril 2023 par laquelle le médiateur régional de Pôle emploi a mis fin à la procédure de médiation, dès lors que cette décision n'a pas le caractère d'une décision susceptible de faire l'objet de recours contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 19 décembre 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- et les observations de Me Wirig, pour France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est inscrite à plusieurs reprises sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 5 aout 2003, et en dernier lieu le 23 janvier 2023. Par une demande en date du 3 janvier 2023 elle a sollicité de Pôle Emploi l'obtention d'une aide individuelle à la formation (ci-après, " AIF ") afin de suivre une formation de diplôme d'études supérieures universitaires (ci-après, " DESU ") " Ingénierie de projets et financements européens ". Par décision du 9 janvier 2023, le directeur de l'agence Pole emploi de Menton a refusé de faire droit à sa demande. Mme B a formé un recours gracieux, lequel a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 12 janvier 2023. Elle a ensuite saisi le médiateur régional Pôle emploi, qui a mis fin à la médiation par décision du 5 avril 2023. Mme B demande dès lors au Tribunal d'annuler la décision susmentionnée du 9 janvier 2023 de refus d'AIF, ensemble la décision du 12 janvier 2023 de rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de ladite décision, d'annuler également la décision du 5 avril 2023 par laquelle le médiateur régional de Pôle emploi a mis fin à la procédure de médiation, et d'enjoindre à France travail, direction régionale Provence-Alpes-Côte d'Azur, de procéder au réexamen de sa sitation.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 5 avril 2023 du médiateur régional de Pôle emploi :

2. Aux termes de l'article L. 5312-12-1 du code du travail : " Il est créé, au sein de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1, un médiateur national dont la mission est de recevoir et de traiter les réclamations individuelles relatives au fonctionnement de cette institution, sans préjudice des voies de recours existantes. Le médiateur national, placé auprès du directeur général, coordonne l'activité de médiateurs régionaux, placés auprès de chaque directeur régional, qui reçoivent et traitent les réclamations dans le ressort territorial de la direction régionale. Les réclamations doivent avoir été précédées de démarches auprès des services concernés. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les réponses adressées par le médiateur régional de Pôle emploi aux auteurs des réclamations qui le saisissent en vertu de l'article L. 5312-12-1 du code du travail après avoir effectué les démarches auprès des services concernés n'ont pas le caractère de décisions susceptibles de faire l'objet de recours contentieux. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision susmentionnée du médiateur régional de Pôle emploi ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen soulevé et tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées, refusant le financement d'une action de formation dans le cadre de l'aide individuelle à la formation, et donc ne remettant pas en cause des versements déjà effectués, doit être écarté comme inopérant.

6. En second lieu, dans le cas d'un contentieux portant sur une demande d'aide destinée à prendre en charge tout ou partie d'une dépense spécifique, soit le requérant a effectivement exposé cette dépense et le juge doit rechercher s'il satisfaisait alors aux conditions pour obtenir l'aide sollicitée, soit il n'a pas été en mesure de le faire et le juge doit rechercher si la demande d'aide conserve un objet et si le requérant remplit les conditions pour l'obtenir, au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il statue. Dans les deux cas, il doit, le cas échéant, prendre en considération la marge d'appréciation dont l'administration dispose pour accorder l'aide en litige.

7. D'une part, aux termes de l'article L. 6323-4 du code du travail, dans sa rédaction alors applicable : " I.- Les droits inscrits sur le compte personnel de formation permettent à son titulaire de financer une formation éligible au compte, au sens des articles L. 6323-6, L. 6323-21, L. 6323-31 et L. 6323-34. / II.- Lorsque le coût de cette formation est supérieur au montant des droits inscrits sur le compte ou aux plafonds respectivement mentionnés aux articles L. 6323-11, L. 6323-11-1, L. 6323-27 et L. 6323-34, le compte peut faire l'objet, à la demande de son titulaire, d'abondements en droits complémentaires pour assurer le financement de cette formation. Ces abondements peuvent être financés notamment par : / () 8° Pôle emploi ; () ". D'autre part, en vertu du 2° de l'article L. 5312-1 du code du travail, dans sa rédaction alors applicable, Pôle emploi a notamment pour mission d'accompagner les personnes à la recherche d'un emploi, d'une formation ou d'un conseil professionnel, de prescrire toutes actions utiles pour développer leurs compétences professionnelles et améliorer leur employabilité, favoriser leur reclassement et leur promotion professionnelle, faciliter leur mobilité géographique et professionnelle. L'article L. 6121-4 du même code, dans sa rédaction alors applicable, prévoit que Pôle emploi " attribue des aides individuelles à la formation () ". En outre, par une délibération n° 2008/04 du 19 décembre 2008 relative à la fixation de la nature et des conditions d'attribution des aides et mesures accordées par Pôle emploi, adoptée sur le fondement de ces dispositions, le conseil d'administration de cette institution a prévu que : " Pôle emploi met en œuvre des aides et des mesures destinées à favoriser une reprise d'emploi rapide et durable en favorisant l'insertion, le reclassement, la promotion professionnelle et la mobilité géographique et professionnelle des demandeurs d'emploi indépendamment de leurs droits au revenu de remplacement () " et que : " Les aides s'inscrivent dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi et sont attribuées dans la limite des enveloppes disponibles et dans la mesure où ces aides sont nécessaires à la reprise d'emploi. () Les directeurs régionaux de Pôle emploi peuvent cibler un public ou un secteur prioritaire au regard des caractéristiques des territoires () ". Par sa délibération n° 2015-10 du 3 février 2015, ledit conseil d'administration a prévu, à ce titre, qu'une aide individuelle à la formation, revêtant un caractère complémentaire et subsidiaire aux financements accordés par les collectivités publiques et les organismes paritaires collecteurs agréés, peut être attribuée pour financer en tout ou partie les frais pédagogiques des formations suivies par des demandeurs d'emploi, dont le contenu, les coûts pédagogiques et la durée ont été validés par Pôle emploi, dans le cadre de leur projet professionnel.

8. En l'espèce, il ressort des termes des décisions attaquées que la demande de la requérante a été refusée aux motifs, d'une part, de l'existence d'un autre dispositif de financement et, d'autre part, que le secteur d'activité du DESU " Ingénierie de projets et financements européens " ne faisait pas partie des secteurs prioritaires. France Travail soutient en effet à cette fin, sans être sérieusement contesté par la requérante, qui se borne à soutenir que la formation envisagée permettrait un retour rapide et durable à l'emploi, que la note de cadrage régionale de l'AIF et d'abondement CPF de la direction régionale de Pôle Emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2022 indique que " La mobilisation d'un financement au titre de l'AIF ou d'un abondement du CPF () est mobilisée prioritairement au bénéfice des secteurs en tension et particulièrement les six secteurs suivants : Industrie, BTP, Hôtellerie-restauration, Transport, Commerce, Santé-Services à la personne ". Dans ces conditions, eu égard à la marge d'appréciation dont disposait Pôle emploi, et sans qu'il y ait lieu de faire droit à la demande de substitution de motif formée par France Travail dans ses écritures en défense, il n'apparaît pas que l'absence de prise en charge de la formation sollicitée par la requérante serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à France Travail, direction régionale Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2302716

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