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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303083

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303083

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin 2023 et 7 mars 2024, Mme C B, épouse D, représentée par Me Zia Oloumi, avocat au Barreau de Paris, demande au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 14 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer un logement social ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B, épouse D soutient que la décision attaquée est entachée :

* d'insuffisance de motivation ;

* d'erreur d'appréciation et d'erreurs de droit ;

* d'erreurs de fait ;

* d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Me Zia Oloumi, substitué par Me Della Monaca, pour Mme B, épouse D et de Mme A, pour le préfet des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 novembre 2022, Mme B épouse D a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être dépourvue de logement et hébergée chez un particulier. Par décision en date du 14 mars 2023 la commission a rejeté sa demande au motif que si la requérante est dépourvue de logement depuis 2014, elle ne remplit pas les conditions réglementaires d'accès au logement social, qui sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer, et qu'au nombre des conditions figurent notamment, celles que ces personnes justifient de leur situation familiale et séjournent régulièrement sur le territoire français, l'intéressée ne justifiant pas de son jugement de divorce ou d'une attestation de saisine du juge aux affaires familiales ou d'une attestation de l'avocat précisant qu'une procédure de divorce par consentement mutuel est en cours ou d'une attestation du notaire dans le cadre d'un divorce par consentement mutuel, et que l'enfant majeur né en 2003 ne justifie pas d'un titre de séjour en cours de validité, que la requérante ne démontre pas avoir fait de démarches préalables quant à la recherche d'un logement non abouties dans un délai raisonnable, l'intéressée étant dépourvue de logement depuis 2014, la demande de logement social n'a été déposée que le 11 août 2022, le recours amiable le 22 novembre 2022, et que l'intéressée n'a pas fourni dans le délai fixé, l'attestation de domiciliation postale renouvelée et les copies des justificatifs de ressources sur les trois derniers mois de l'enfant majeur né en 2004, documents obligatoires réclamés par courrier en date du 22 novembre 2022. Mme B épouse D demande l'annulation de la décision en date du 14 mars 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie () sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement (). " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; (). " En outre, en application des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () " et aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " La décision attaquée prise au visa de l'article L. 3001-1, du II de l'article L. 441-2-3 et des articles R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l'habitation contient les éléments de droit et de fait mentionnés au point 1 ci-dessus qui en constituent le fondement, nonobstant la circonstance qu'elle ne vise ni la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ni le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée ne serait pas suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, premièrement, d'une part, la commission n'a pas rejeté la demande de la requérante au motif qu'elle n'était pas fondée à la saisir sans délai et, d'autre part, la requérante n'est fondée à se prévaloir d'avoir un enfant mineur à charge que dans le cas où le logement qu'elle occupe est en situation de suroccupation au sens des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. Deuxièmement, il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à son recours amiable, après avoir déposé une demande de logement social en août 2022, condition nécessaire en application des dispositions de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation mais non suffisante, Mme B épouse D a engagé des démarches préalables, quant à la recherche d'un logement, non abouties dans un délai raisonnable, démontrant qu'elle a, ce faisant, mobilisé en vain les dispositifs de logement de droit commun, les dispositions de la loi sur le droit au logement opposable constituant la voie ultime d'accès au logement social. Troisièmement, afin de pouvoir apprécier le type de logement ou d'hébergement correspondant aux besoins d'un demandeur de logement social, la commission de médiation doit connaitre le nombre de personnes composant, ou susceptible de composer, la cellule familiale. En l'espèce, Mme B épouse D fait valoir, sans l'établir, que son époux réside en Russie. Dès lors, que la requérante a saisi la commission de médiation pour se voir déclarer prioritaire et devant être logée en urgence avec ses trois enfants sans mentionner son époux dont, au demeurant, elle ne démontre ni même n'allègue qu'il ne pourrait pas rejoindre sa famille en France, la commission était fondée à considérer qu'elle était divorcée ou qu'une procédure de divorce était engagée sans que la requérante soit fondée à soutenir que la commission dont il s'agit a ajouté une nouvelle condition à la loi. Quatrièmement, compte tenu des motifs retenus par la commission pour considérer que la requérante n'est pas prioritaire pour être logée en urgence, notamment la circonstance qu'elle ne justifie pas du nombre de personnes susceptibles d'être logées, la commission a pu ne pas lui proposer un accueil en structure d'hébergement, dans un logement de transition, un logement foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale sans méconnaître l'étendue de son pouvoir ni priver la requérante d'une garantie. Par suite, Mme B épouse D n'est pas fondée à soutenir que la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'erreurs de droit et d'erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, d'une part, Mme B épouse D soutient que son enfant majeur est détenteur d'un titre de séjour en cours de validité. Cependant, elle ne produit pas le document N. 51 7249008 valable du 27 août 2021 au 27 août 2026 justifiant de l'identité de M. E né à Grosny le 19 avril 2003 sans lequel le récépissé de demande de carte de séjour n° 0603204278, au demeurant établi le 8 juin 2023, postérieurement à la date de la décision attaquée, n'est pas valable. D'autre part, la requérante soutient qu'elle a adressé à la commission de médiation les documents réclamés le 22 novembre 2022. Au soutien de ses allégations, Mme B épouse D produit un avis de réception mentionnant une date de notification le 22 décembre 2022. Cependant, la requérante n'établit ni que ce courrier comportait l'ensemble des documents réclamés ni qu'il a été transmis dans le délai fixé. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de faits.

7. En quatrième lieu, Mme B épouse D soutient que la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée pour ne pas avoir pris en considération le fait que si elle dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein, ses revenus demeurent insuffisants pour pouvoir se loger dans le parc privé et que malgré l'aide de plusieurs associations et n'arrive pas à trouver un logement, que sa demande de logement social demeure sans réponse à ce jour et qu'elle a à sa charge une fille mineure et deux enfants majeurs étudiants. Cependant, la circonstance que la commission de médiation n'évoquent pas ces circonstances dans sa décision ne démontre pas qu'elle ne les a pas pris en compte et, en tout état de cause, par les motifs retenus, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes était fondée à rejeter la demande de la requérante.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante aux fins d'annulation de la décision en date du 14 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C B, épouse D, à Me Zia Oloumi et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

D. FAŸLa greffière,

Signé

S. RAZAN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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