mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé son admission au séjour.
Elle soutient qu'elle séjourne en France depuis 6 mois, que son mari a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour et qu'elle ne peut retourner en Russie en raison du contexte actuel de guerre contre l'Ukraine et de son engagement politique.
Des pièces, enregistrées le 29 août 2024, ont été produites par le préfet des Alpes-Maritimes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gazeau a été entendu au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante russe née le 29 décembre 1990, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de l'admettre exceptionnellement au séjour.
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision implicite rejetant la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme B le 24 janvier 2023 est née à l'expiration du délai de quatre mois prévu par les articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa numérotation alors applicable. Il ressort également des pièces du dossier que par arrêté du 1er mars 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé expressément d'admettre au séjour Mme B et pris à son encontre une mesure d'éloignement et fixé le pays de son renvoi. Cette dernière décision s'est ainsi nécessairement substituée à la décision implicite et les conclusions dirigées contre celle-ci doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 1er mars 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, Mme B, en soutenant qu'elle séjourne en France depuis 6 mois et que son mari a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour, doit être regardé comme invoquant la méconnaissance, par le préfet, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son droit au respect de sa vie privée et familiale, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation qui en résulte.
5. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces versées aux débats que Mme B est entrée régulièrement en France munie d'un visa C en janvier 2023 aux fins d'accompagner son mari, étudiant à l'EDHEC à Nice entre septembre 2022 et juin 2023. Son séjour en France est, ainsi, très récent. Il ressort également des pièces produites par la requérante que cette dernière et son époux sont parents d'un enfant né en 2019 et que la famille réside dans un appartement loué depuis au moins mars 2023 à Juan-les-Pins. Toutefois, ces seuls éléments sont insuffisants pour justifier d'une insertion particulière en France qui aurait permis à Mme B d'y établir des liens privés et familiaux intenses, anciens et stables. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressée, le préfet des Alpes-Maritimes, en refusant de régulariser son séjour, n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été prise la décision en litige, qui, dès lors, ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes aurait, pour les motifs exposés au point précédent et compte tenu en particulier de la très brève durée du séjour de Mme B en France et des conditions de celui-ci, commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.
8. En second lieu, si Mme B soutient qu'elle ne peut retourner en Russie en raison du contexte actuel de guerre contre l'Ukraine et de son engagement politique, et doit ainsi être regardée comme soulevant, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de son éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne l'établit pas, se bornant à faire état du contexte lié à la guerre en Ukraine. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'admettre Mme B au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de retour doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. SoliLa greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
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