vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303332 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistart Mme Duroux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Almairac, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du préfet des Alpes-Maritimes portant obligation de quitter le territoire national dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi prises par arrêté du 12 juin 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 12 juin 2023 est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est dépourvu de base légale dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions des articles L. 412-5, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables en l'espèce ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme Duroux, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;
- les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 juin 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour en qualité de protégé international de Mme B, ressortissante géorgienne née le 18 août 1981, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 12 juin 2023 que celui-ci vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B, ainsi que les éléments sur lesquels s'est fondé le préfet. En particulier, l'arrêté mentionne que Mme B déclare être entrée irrégulièrement en France le 28 juin 2022 et qu'elle a présenté une demande d'asile le 26 juillet 2022 qui a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 24 novembre 2022 puis par la CNDA le 14 avril 2023. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation sera écarté.
5. En deuxième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale au motif que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions des articles L. 412-5, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables à sa situation. Toutefois, si l'arrêté en litige vise de manière surabondante ces articles, il n'est fait référence à ces articles que dans les visas de l'arrêté attaqué et non dans les motifs de celui-ci. En outre, la lecture des motifs de l'arrêté démontre bien qu'il n'a pas été fait application de ces dispositions. Dès lors, la mention de ces articles dans les visas de l'arrêté révèle une erreur matérielle qui n'est pas de nature à entacher l'arrêté d'erreur de droit. Par suite, le moyen tiré de l'absence de base légale doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a introduit le 26 juillet 2022 une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 24 novembre 2022 laquelle a été confirmée par la CNDA par une décision du 14 avril 2023. Si Mme B soutient qu'elle était sur le point de déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, cette situation ne lui confère, par elle-même, aucun droit à se maintenir sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si la requérante soutient qu'elle encourt un risque pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte aucune pièce justificative permettant d'établir la réalité et l'ampleur des risques qu'elle invoque ni le caractère personnel de cette menace. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 7, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Au surplus, l'arrêté litigieux mentionne que la requérante est obligée de quitter le territoire à destination soit de son pays d'origine, soit d'un autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas les accords de Schengen où elle est légalement admissible. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine sera également écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de cette même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B déclare être entrée sur le territoire français en juin 2022, soit seulement un an avant la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que son compagnon, compatriote géorgien, bénéficie d'un suivi médical régulier en France, dès lors qu'elle ne justifie d'aucune vie commune. En outre, Mme B ne peut se prévaloir d'avoir été bénévole au profit du secours populaire français pendant une durée de 6 mois, compte tenu de la courte période de cet engagement associatif. De même, contrairement à ce qu'elle soutient, la requérante n'établit pas avoir suivi une formation en langue française. Enfin, la circonstance que son fils soit scolarisé en France depuis 2022 n'est pas suffisante pour regarder la requérante comme ayant fixé le centre de ses intérêt privés et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, en prenant cet arrêté, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des consequences sur sa situation personnelle sera également écarté.
12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
13. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la requérante, l'arrêté attaqué n'a pas pour effet de la séparer son fils. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que son fils serait dans l'impossibilité de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant sera écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais de procédure :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
La magistrate désignée,
signé
G. DUROUXLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, la greffière
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