jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI MONTAGARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juillet et 31 octobre 2023, Mme B C, épouse A, représentée par Me Montagard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le maire de La Trinité a délivré à la société La Trinité La Comtesse un permis de construire modifiant le permis de construire délivré à cette même société le 13 janvier 2022 en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier sur les parcelles cadastrées section BA n°s 72 et 74, situées 3 impasse Sainte-Anne ;
2°) de mettre à la charge de la commune de La Trinité la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir ;
- le permis de construire modificatif attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande irrégulier au regard des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;
- le maire de la Trinité ne pouvait délivrer le permis de construire modificatif litigieux dès lors qu'il porte, au regard des modifications apportées, sur un nouveau projet qui aurait dû faire l'objet d'une nouvelle demande de permis de construire ;
- le permis de construire litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain ;
- il a été obtenu par fraude.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, la commune de La Trinité, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
La commune soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er septembre 2023 et 26 avril 2024, la société civile de construction vente La Trinité La Comtesse, prise en la personne de son gérant en exercice, représentée par Me Ibanez, conclut principalement à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2024 :
- le rapport de M. Holzer,
- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 janvier 2022, le maire de la commune de La Trinité a délivré à la société civile de construction vente (ci-après, " SCCV ") " La Trinité La Comtesse " un permis de construire un ensemble immobilier sur les parcelles cadastrées section BA n°s 72, 73 et 74, situées 3 impasse Sainte-Anne à La Trinité. Par un arrêté du 11 mai 2023, le maire de la commune a délivré un permis de construire modificatif ayant notamment pour objet de modifier l'unité foncière de ce projet en excluant la parcelle cadastrée section BA n°73 et en modifiant le nombre de logements. Par sa requête, Mme C, épouse A, nu-propriétaire des parcelles cadastrées section BA n°s 43, 44 et 75, demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 11 mai 2023 portant délivrance d'un permis de construire modificatif à la société La Trinité La Comtesse.
Sur la nature du permis de construire attaqué :
2. L'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire litigieux porte sur la modification de l'unité foncière du projet tel qu'il avait été autorisé par un permis de construire délivré le 13 janvier 2022, en excluant la parcelle cadastrée section BA n°73 entrainant ainsi la suppression du bâtiment B qui comportait, au regard du permis de construire initial, seize logements. Par ailleurs, outre les modifications apportées s'agissant des calculs des emprises au sol et des espaces verts et la suppression d'une des deux voies d'accès à ce projet, en conséquence de la suppression du second bâtiment tel que décrite précédemment, le permis de construire litigieux a également pour objet la modification de la superstructure du bâtiment restant, la création de terrasses et soutènements ainsi que l'ajout de deux logements supplémentaires s'agissant de ce même bâtiment. Si ces modifications, significatives, sont de nature, par leur importance, à altérer la conception générale du projet initialement autorisé, lequel n'était pas achevé à la date du permis de construire modificatif attaqué, elles ne peuvent toutefois être regardées comme apportant à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature alors même, qu'à cet effet, il porte toujours sur la réalisation d'un bâtiment destiné à l'habitation collective. Par suite, le permis de construire attaqué constitue un permis de construire modificatif du projet tel qu'il avait autorisé par l'arrêté du 13 janvier 2022 mentionné au point 1 de ce jugement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la société pétitionnaire et tirée du défaut d'intérêt à agir de Mme C :
4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.
6. En l'espèce, pour justifier de son intérêt à agir, Mme C se prévaut de la seule circonstance que les modifications apportées par le permis de construire litigieux vont entraîner une augmentation du trafic de véhicules sur l'impasse Sainte-Anne laquelle constitue, s'agissant de la partie implantée sur la parcelle cadastrée section BA n° 75 appartenant à la requérante, une voie privée ouverte à la circulation publique. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si ces modifications, telles que décrites au point 3 du jugement, ont pour objet de supprimer la seconde voie d'accès au projet située chemin de la Comtesse et exclusivement réservée au bâtiment B qui a vocation à être supprimé, elles n'ont toutefois ni pour objet ni pour effet de modifier l'accès au bâtiment restant, se faisant toujours par l'impasse Sainte-Anne et laissant ainsi ce bâtiment desservi dans les mêmes conditions que celles initialement prévues par le permis de construire délivré le 13 janvier 2022. Dans ces conditions, en se prévalant de la seule circonstance relative à la prétendue augmentation du trafic de véhicules sur sa parcelle section BA n°75 de nature à affecter les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance ainsi que la valeur vénale de sa propriété, sans avoir préalablement contesté le permis de construire initial du 13 janvier 2022, la requérante ne justifie pas de son intérêt à agir au regard de la portée des modifications prévues par le permis de construire attaqué du 11 mai 2023. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par la société pétitionnaire tirée du défaut d'intérêt à agir de la requérante doit être accueillie.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée comme étant irrecevable.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Trinité, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
9. Il y a lieu, en revanche, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 500 euros à verser à la société pétitionnaire au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C, épouse A, est rejetée.
Article 2 : Mme C, épouse A, versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la société La Trinité La Comtesse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse A, à la commune de La Trinité et à la société civile de construction vente La Trinité La Comtesse.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère,
Assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Holzer
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
N°2303393
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026