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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303446

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303446

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en formation de 4ème chambre, a annulé la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de Mme B, ressortissante marocaine, visant à obtenir un titre de séjour en qualité de "membre de famille de citoyen européen". La solution retenue est fondée sur le défaut de motivation de cette décision implicite, le préfet n'ayant pas communiqué les motifs du refus à l'intéressée malgré sa demande, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a ainsi prononcé l'annulation sans examiner les autres moyens invoqués, notamment ceux tirés de l'article 20 du TFUE et de l'article 8 de la CEDH.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet 2023 et 21 août 2024, Mme A B, représentée par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande d'admission au séjour en qualité de " membre de famille de citoyen européen " ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " membre de famille de citoyen européen " d'une durée de cinq ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dès cette notification, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et l'article 7 de la directive 2004/38/CE ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces le 1er août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience du 11 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Soler, assesseure,

- et les observations de Me Della-Monaca représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née en 1984, a déposé à la préfecture des Alpes-Maritimes une demande d'admission au séjour en qualité de " membre de famille de citoyen européen " le 25 octobre 2021 en vue d'obtenir une carte de séjour temporaire valable cinq ans. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet de sa demande est née à l'issue d'un délai de quatre mois. Par un courrier, reçu le 17 mai 2023 par la préfecture, elle a demandé la communication des motifs du refus. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Elle s'est vu par la suite délivrer, le 11 mars 2024, un titre de séjour d'une durée d'un an valable du 11 février 2024 au 10 février 2025. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission au séjour en qualité de " membre de famille de citoyen européen " pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté une demande d'admission au séjour en qualité de " membre de famille de citoyen européen " le 25 octobre 2021 en vue d'obtenir une carte de séjour temporaire valable cinq ans. Une décision implicite de rejet est née, en vertu des articles R.*432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes pendant plus de quatre mois sur cette demande. Mme B a demandé au préfet, par courrier reçu en préfecture le 17 mai 2023, de lui communiquer les motifs du refus de séjour. Si le préfet des Alpes-Maritimes lui a délivré, le 11 mars 2024, un titre de séjour d'une durée d'un an valable du 11 février 2024 au 10 février 2025, il ne ressort pas des pièces du dossier que les motifs pour lesquels il a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable cinq ans lui auraient été communiqués. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision contestée est illégale à défaut de communication de ses motifs par le préfet des Alpes-Maritimes.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'admission au séjour présentée par Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement n'implique pas, dans les circonstances de l'espèce, la délivrance d'un titre de séjour à la requérante. Il implique toutefois qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, laquelle ne lui permettra toutefois pas, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de travailler.

Sur les frais liés au litige :

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de titre de séjour d'une durée de cinq ans de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la demande d'admission au séjour de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Oloumi, et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal d'instance de Nice.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINA Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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