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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303524

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303524

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantCHADAM-COULLAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, Mme A D, épouse E, représentée par Me Mireille Chadam-Coullaud, avocate au Barreau de Nice :

* doit être regardée comme demandant au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 9 février 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a décidé qu'une offre de logement n'étant pas adaptée à sa situation particulière et qu'elle devra se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ;

* demande au tribunal :

* d'enjoindre à la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes de la reconnaître prioritaire et devant bénéficier d'urgence d'un logement social ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme D, son conseil ayant présenté ses excuses pour son absence, et de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 février 2020, Mme D a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être menacée d'expulsion, sans relogement et être en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 19 mai 2020. Mme D demandait l'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 19 mai 2020. Par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 15 juillet 2020, la requérante a demandé l'annulation de la décision en date du 19 mai 2020. Par jugement du 2 novembre 2021, le tribunal a annulé la décision en date du 19 mai 2020 et enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen du recours amiable de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement. Par décision en date du 15 décembre 2021, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de la requérante. Par une requête enregistrée au greffe du tribunal, la requérante demandait l'annulation de la décision en date du 15 décembre 2021. Par jugement du 9 janvier 2023, le tribunal a annulé ladite décision et a enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de reconnaître Mme D prioritaire et devant être logée d'urgence dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Saisie pour être dépourvue de logement, hébergée chez un particulier et être en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, par décision en date du 9 février 2023, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a décidé qu'une offre de logement n'étant pas adaptée à la situation particulière de la requérante et qu'elle devra se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale dès lors que si elle est dépourvue de logement depuis le mois de septembre 2022 et si elle a déposé une demande de logement social le 23 août 2016, sa situation ne semble pas lui permettre d'occuper de façon pérenne un logement autonome, eu égard à ses conditions de vie actuelles, à sa situation d'endettement, à ses difficultés de gestion budgétaire, à son besoin d'accompagnement de proximité lui permettant d'accéder à un logement autonome. Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision en date du 9 février 2023 en ce qu'elle a décidé qu'elle devra se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et non un logement social.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance (). / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En outre, aux termes des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région cette demande pour laquelle doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale (). "

3. Au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 9 février 2023, Mme D allègue qu'un accueil en structure d'hébergement n'est pas adapté à son handicap notamment du fait qu'elle se déplace en fauteuil et que les sanitaires ne sont pas adaptés au personnes à mobilité réduite. Cependant, par les éléments qu'elle produit, la requérante, qui ne démontre ni ne soutient être dans l'incapacité de se déplacer sans fauteuil, n'établit pas en quoi, nonobstant un état de santé considéré comme grevant lourdement son autonomie et nécessitant une aide humaine constante selon le certificat du docteur de médecine générale J. M. C en date du 9 avril 2018, une structure d'hébergement ne serait pas adaptée à sa situation de handicap résultant des séquelles d'un accident vasculaire de la capsule avec hémiplégie et fibrose hépatique. Dès lors, Mme D n'établit pas que la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 8 juin 2023 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A D, épouse E, à Me Mireille Chadam-Coullaud et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLe greffier,

signé

A. BAAZIZ

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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