lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. FAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, Mme C A, épouse D, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 9 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et doit être regardée comme demandant au tribunal d'enjoindre à la commission de médiation des Alpes-Maritimes de procéder à un réexamen de sa demande.
Mme A doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;
* les observations de Mme E, pour le préfet des Alpes-Maritimes, la requérante n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 février 2023, Mme A a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être menacée d'expulsion, sans relogement. Par décision en date du 9 mai 2023 la commission a rejeté sa demande au motif que si un jugement d'expulsion a été rendu le 29 avril 2022 pour un impayé de loyer de 6 937 euros arrêté à la date du 1er mars 2022, actualisé à la somme de 16 589 euros le 6 mars 2023, la requérante qui, de manière récurrente, a omis de respecter les obligations essentielles du locataire, ne justifie d'aucune démarche en vue de l'apurement de la dette locative ou du paiement régulier des loyers, hormis un paiement de 296 euros en mars 2023, que l'intéressée ne remplit pas les conditions réglementaires d'accès au logement social, qui sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer, et qu'au nombre des conditions figurent notamment, celles que ces personnes justifient de leur situation familiale, la requérante n'ayant pas produit son jugement de divorce ou une attestation de saisine du juge aux affaires familiales ou une attestation de l'avocat indiquant si le divorce est demandé par consentement mutuel ou une attestation du notaire dans le cadre d'un divorce par consentement mutuel. Mme A demande l'annulation de la décision en date du 9 mai 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation () peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () menacé d'expulsion sans relogement (). " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; (). / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "
3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.
4. Au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 9 mai 2023, Mme A fait valoir qu'elle est fonctionnaire, affectée au tribunal judiciaire de Grasse, qu'elle est en instance de divorce et mère isolée avec deux enfants à charge, qu'elle a été placée en congé de longue maladie et qu'elle a repris ses fonctions le 9 mars 2023 en mi-temps thérapeutique et que sa seule rémunération pendant son congé de longue durée ne lui permettait pas de régler son loyer dont elle a repris le règlement depuis sa reprise de fonction. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a repris le règlement d'une partie de ses loyers d'un montant de 985,20 euros par un versement de 600 euros en avril 2023, par un versement de 500 euros au mois de mai 2023 et de 450 euros au mois de juin 2023, sa dette locative se montant à 14 126,97 euros au 5 juin 2023, qu'elle a été placée en congé de longue durée à compter du 30 mai 2018, qu'elle exerçait ses fonctions à mi-temps pour raison thérapeutique entre le 9 mars et le 8 septembre 2023 inclus, qu'il résulte d'un bilan établit par l'intéressée, non contesté, que ses ressources mensuelles, allocations comprises, sont de l'ordre de 2 244 euros et ses charges de l'ordre de 2 245 euros, le loyer se montant à 985,20 euros, que par ordonnance de référé du 29 avril 2022, le juge du contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Grasse a prononcé l'expulsion de la requérante et de son compagnon, M. B F, ce dernier étant condamné à payer au bailleur, à titre provisionnelle 5 951,63 euros sur l'arriéré locatif au 1er mars 2022 d'un montant de 6 936,83 euros, la somme demeurant à la charge de Mme A se montant ainsi à 985,20 euros. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu, d'une part, de la disproportion entre les revenus de l'intéressé et sa dette locative et, d'autre part, des circonstances rappelées précédemment ayant conduit à la suspension par la requérante du paiement de son loyer, la commission de médiation ne saurait faire reproche à Mme A de ne justifier d'aucune démarche en vue de l'apurement de sa dette locative ou du paiement régulier de ses loyers, hormis un paiement de 296 euros en mars 2023, ce versement correspondant, au demeurant, à un virement de la caisse d'allocation familiale, une telle circonstance ne permettant pas par elle-même de considérer que la requérante n'est pas de bonne foi. La dette locative accumulée par l'intéressée ne saurait, en effet, démontrer qu'elle a cherché délibérément à échapper à ses obligations de locataire. Dans ces conditions, la commission de médiation a, à tout le moins, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 9 mai 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
7. Eu égard au motif d'annulation énoncé précédemment, le présent jugement implique nécessairement que la commission de médiation des Alpes-Maritimes procède à un réexamen du recours amiable de Mme A.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 9 mai 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen du recours amiable de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme C A, épouse D, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
D. FAŸLe greffier,
signé
A. BAAZIZ
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026