jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JEAN-JOEL GOVERNATORI AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 juillet 2023 et 29 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Alquier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de Nice a accordé à la société anonyme à responsabilité limitée LOREMAG le permis de construire n° PC 06088 22 S0188 portant sur la démolition d'un bâtiment et de diverses constructions et la construction d'une résidence pour étudiants sur un terrain cadastré n° LF0243, n° LK0244 et n° LK0245 et situé 63, boulevard Pasteur à Nice, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Nice a implicitement rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Aubagne de réexaminer la demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre à la commune de Nice d'introduire une action en démolition devant le juge judiciaire en application de l'article L. 480-13 du code de l'urbanisme ;
4°) de condamner la commune de Nice à lui verser la somme de 1 500 euros en raison des conséquences dommageables de l'acte attaqué, augmentée des intérêts moratoires à compter de la demande préalable ou de l'enregistrement de la requête ;
5°) de condamner la commune de Nice aux entiers dépens ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Nice la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'enquête publique ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en ce que l'accès des services de secours et d'incendie n'est pas garantie ;
- il a été délivré sur la base d'un dossier de demande de permis de construire incomplet, la société pétitionnaire n'ayant pas qualité pour présenter la demande de permis de construire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, et un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024 et non communiqué, la société anonyme à responsabilité limitée LOREMAG, prise en la personne de son représentant légal et représentée par Me Governatori, conclut, principalement, à l'irrecevabilité de la requête, subsidiairement à son rejet au fond, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société fait valoir que :
- M. C n'a pas d'intérêt à agir dans la présente instance ;
- la requête est au demeurant tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est en tout état de cause fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut, principalement, à l'irrecevabilité de la requête, et subsidiairement à son rejet au fond.
La commune fait valoir que :
- M. C n'a pas d'intérêt à agir dans la présente instance ;
- la requête est au demeurant tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est en tout état de cause fondé.
Par un courrier du 28 mars 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'indemnisation en l'absence de demande indemnitaire préalable de M. C auprès de la commune de Nice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 :
- le rapport de M. Combot ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Governatori, représentant la société anonyme à responsabilité limitée LOREMAG.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 21 décembre 2022, le maire de la commune de Nice a accordé à la société anonyme à responsabilité limitée (ci-après, " SARL ") LOREMAG un permis de construire n° PC 06088 22 S0188 portant sur la démolition d'un bâtiment et de diverses constructions et la construction d'une résidence pour étudiants sur un terrain cadastré n° LF0243, n° LK0244 et n° LK0245 et situé 63, boulevard Pasteur à Nice. Par courrier du 13 février 2023 avec accusé réception du 17 février 2023, M. B C a formé un recours gracieux qui, en l'absence de réponse dans le délai de deux mois, a été implicitement rejeté par le maire de la commune de Nice. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler tant l'arrêté du 21 décembre 2022 que la décision par laquelle le maire de la commune de Nice a implicitement rejeté son recours gracieux
Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires formées par M. C :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Il résulte de l'instruction que M. C n'a présenté auprès de la commune de Nice aucune demande préalable indemnitaire en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi. Par suite, les conclusions indemnitaires formées par ce dernier sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées, ainsi que l'a soulevé d'office le Tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". L'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ".
4. En l'espèce, Mme A D, deuxième adjointe au maire de Nice, déléguée aux travaux, au foncier et à l'urbanisme, disposait d'une délégation de signature prise par arrêté municipal n° 2022 CAB 95 VDN, publié au recueil des actes administratifs de la commune de Nice de novembre 2022 et transmis au préfet au titre du contrôle de légalité le 16 novembre 2022, pour signer les autorisations d'urbanisme, telles que la décision litigieuse. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le projet litigieux aurait dû faire l'objet d'une enquête publique en application des dispositions de l'article L. 123-1 du code de l'environnement, il ne l'établit pas au regard des termes très généraux du moyen formulé dans ses écritures. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
7. En l'espèce, M. C, en se bornant à faire valoir qu'il n'est pas établi que les accès pour les véhicules de lutte contre l'incendie seraient suffisants dès lors que le projet accueillera deux cents personnes, n'apporte aucun élément de nature à établir que l'accès des services de lutte contre l'incendie ne serait pas assuré. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment de l'avis favorable du service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes du 25 juillet 2022 et de son rapport qui lui est annexé, que l'accessibilité aux véhicules de secours et de lutte contre l'incendie est qualifiée de conforme. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaîtrait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". L'article R. 431-5 du même code dispose que : " La demande de permis de construire précise : / a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis. "
9. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du document Cerfa de demande de permis de construire que la SARL LOREMAG est déclarée comme demandeur de l'autorisation d'urbanisme. Ainsi, ladite société avait qualité pour présenter la demande d'autorisation en cause et, ainsi qu'il a été dit, il n'appartenait pas à la commune de Nice de vérifier cette qualité, les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers. Par suite, le moyen soulevé et tiré du défaut de qualité de la SARL LOREMAG pour présenter la demande de permis de construire litigieux ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions aux fins d'annulation susmentionnées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction par le requérant.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL LOREMAG et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : M. C versera à la société anonyme à responsabilité limitée LOREMAG une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la commune de Nice et à la société anonyme à responsabilité limitée LOREMAG.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
M. Holzer, conseiller ;
M. Combot, conseiller ;
Assistés de Mme Suner, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 25 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
J. Combot
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026