mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303681 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP EGLIE-RICHTERS - MALAUSSENA |
Vu la procédure suivante :
I. - Par une requête, enregistrée sous le n° 2303681 le 24 juillet 2023, M. F C, représenté par Me Eglie-Richters, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a interdit d'exercer temporairement les fonctions d'éducateur sportif pour une durée de 6 mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'a pas été précédé de la consultation de la commission prévue par l'article L. 212-13 du code du sport et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations avant son édiction en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, et d'une erreur d'appréciation en ce qu'il n'est pas justifié et présente un caractère disproportionné.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre 2023 et 25 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. - Par une requête, enregistrée sous le n° 2303682 le 24 juillet 2023, Mme G A épouse C, représentée par Me Eglie-Richters, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a interdite d'exercer temporairement les fonctions d'éducateur sportif pour une durée de 6 mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'a pas été précédé de la consultation de la commission prévue par l'article L. 212-13 du code du sport et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations avant son édiction en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, et d'une erreur d'appréciation en ce qu'il n'est pas justifié et présente un caractère disproportionné.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre 2023 et 25 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
III. - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2304813 les 29 septembre 2023 et 4 mars 2024, M. F C, représenté par Me Eglie-Richters, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a interdit d'exercer temporairement les fonctions d'éducateur sportif pour une durée de 6 mois à compter de la date de notification de ses arrêtés du 11 juillet 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en ce qu'il a été signé au moyen d'un tampon encreur ;
- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'a pas été précédé de la consultation de la commission prévue par l'article L. 212-13 du code du sport et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations avant son édiction en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, et d'une erreur d'appréciation en ce qu'il n'est pas justifié et présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
IV. - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2304815 les 29 septembre 2023 et 4 mars 2024, Mme G A épouse C, représentée par Me Eglie-Richters, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a interdite d'exercer temporairement les fonctions d'éducateur sportif pour une durée de 6 mois à compter de la date de notification de ses arrêtés du 11 juillet 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en ce qu'il a été signé au moyen d'un tampon encreur ;
- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'a pas été précédé de la consultation de la commission prévue par l'article L. 212-13 du code du sport et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations avant son édiction en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, et d'une erreur d'appréciation en ce qu'il n'est pas justifié et présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du sport ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Debruge, substituant Me Eglie-Richters, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme A épouse C exercent l'activité de moniteur de plongée au sein de la SARL Plongée club de Cannes, dont ils sont salariés et associés à hauteur de 20 % pour M. C et de 80 % pour Mme A. Par deux arrêtés du 11 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à leur encontre une mesure d'interdiction, en urgence, d'exercer les fonctions d'éducateur sportif pour une durée de six mois. Par ordonnance nos 2303684 et 2303685 du 10 août 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a suspendu l'exécution de ces arrêtés, au motif que le moyen tiré de ce que le préfet ne justifie pas d'une situation d'urgence permettant de se dispenser de la saisine de la commission prévue par les dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport, est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées. Par deux nouveaux arrêtés du 28 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a interdit aux intéressés d'exercer toutes fonctions d'éducateur sportif, à titre professionnel ou bénévole, pour une durée de six mois à compter de la date de notification de ses arrêtés du 11 juillet 2023. Par ordonnance nos 2304814 et 23004816 du 17 octobre 2023, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de ces arrêtés pour le même motif que celui retenu par le juge des référés dans l'ordonnance précitée du 10 août 2023.
2. Par les recours enregistrés sous les nos 2303681, 2303682, 2304813 et 2304815, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. C et Mme A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 11 juillet 2023 portant interdiction d'exercer pour une durée de six mois les fonctions d'éducateur sportif à titre professionnel ou bénévole ainsi que les arrêtés du 28 août 2023 portant interdiction d'exercer pour une durée de six mois les fonctions d'éducateur sportif à titre professionnel ou bénévole à compter de la date de notification des arrêtés du 11 juillet 2023.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code du sport : " I- Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle () les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle : / 1° Garantissant la compétence de son titulaire en matière de sécurité des pratiquants et des tiers dans l'activité considérée : / () ". Aux termes de l'article L. 212-13 du même code : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. / L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et des articles L. 212-2 et L. 322-7 de cesser son activité dans un délai déterminé. / Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois. Dans le cas où l'intéressé fait l'objet de poursuites pénales, la mesure d'interdiction temporaire d'exercer auprès de mineurs s'applique jusqu'à l'intervention d'une décision définitive rendue par la juridiction compétente. / ().".
4. Il résulte de ces dispositions que pour assurer la protection des pratiquants d'une activité physique ou sportive, l'autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer une activité d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une telle activité, une mission arbitrale, une activité de surveillance de baignade ou piscine ouverte au public, ou d'exploiter un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives, lorsque son maintien en activité " constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ". Le législateur a ainsi défini les conditions d'application de cette mesure de police, que l'autorité compétente est tenue, même en l'absence de disposition explicite en ce sens, d'abroger à la demande de l'intéressé si les circonstances qui ont pu motiver légalement son intervention ont disparu et qu'il est établi qu'il n'existe plus aucun risque pour les pratiquants.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 [décisions qui restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police], ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions issues de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration en informant l'intéressé de son intention d'édicter une mesure d'interdiction d'exercer les fonctions énumérées à l'article L. 212-1 du code du sport et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement de la personne, que le fait de différer l'interdiction d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.
6. Enfin, aux termes de l'article A. 322-72 du code du sport : " Sur le site de l'activité subaquatique, la pratique de la plongée est placée sous la responsabilité d'un directeur de plongée présent sur le lieu de mise à l'eau ou d'immersion de la palanquée. / Il est responsable techniquement de l'organisation, des dispositions à prendre pour assurer la sécurité des plongeurs et du déclenchement des secours. / Il s'assure de l'application des règles et procédures en vigueur. / Il fixe les caractéristiques de la plongée et établit une fiche de sécurité comprenant notamment les noms, les prénoms, les aptitudes des plongeurs et leur fonction dans la palanquée ainsi que les différents paramètres prévus et réalisés relatifs à la plongée. Cette fiche est conservée une année par tout moyen par l'établissement. / Le directeur de plongée est titulaire d'une qualification mentionnée à l'annexe III-15 a. / () ". Aux termes de l'article A 322-78 de ce code : " I.- Les pratiquants ont à leur disposition sur le lieu de mise à l'eau ou d'immersion un plan de secours ainsi que le matériel de secours suivant : / -un moyen de communication permettant de prévenir les secours. Une VHF est nécessaire lorsque la plongée se déroule en mer au départ d'une embarcation support de plongée ; / -de l'eau douce potable ; / -un ballon auto-remplisseur à valve unidirectionnelle avec sac de réserve d'oxygène et trois masques (grand, moyen, petit) ; / -un masque à haute concentration ; / -un ensemble d'oxygénothérapie médicale normobare d'une capacité suffisante pour permettre, en cas d'accident, une prise en charge adaptée à la situation jusqu'à l'arrivée des secours médicaux, avec manodétendeur, débit-litre et tuyau de raccordement au ballon auto-remplisseur à valve unidirectionnelle ou au masque à haute concentration ; / -une couverture isothermique ; / -des fiches d'évacuation selon un modèle type en annexe III-19. / Le plan de secours est un document écrit, adapté au lieu et à la plongée pratiquée, régulièrement mis à jour et porté à la connaissance du directeur de plongée, des personnes encadrant les palanquées et des plongeurs autonomes. Il précise notamment les modalités d'alerte en cas d'accident, les coordonnées des services de secours et les procédures d'urgence à appliquer en surface à la victime () ".
En ce qui concerne la légalité des arrêtés du 11 juillet 2023 :
7. Pour prendre les arrêtés attaqués du 11 juillet 2023 selon la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 du code du sport, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les constatations de la gendarmerie maritime lors d'un contrôle inopiné réalisé le 13 juin 2023, révélant des dysfonctionnements dans l'organisation des plongées et des manquements des requérants à leurs obligations professionnelles fixées par le code du sport, pour estimer qu'un risque pour la santé et la sécurité des pratiquants était caractérisé.
8. Il ressort des termes des arrêtés en litige que les services de la gendarmerie ont constaté que M. C et Mme A n'avaient pas mis à jour leur carte professionnelle, qu'ils n'avaient pas effectué de stage relatif au recyclage de leurs diplômes professionnels, que la fiche de sécurité des plongées n'était pas renseignée, que seul un modèle de ballon autoremplisseur à valve unidirectionnelle (BAVU) a été présenté sur les trois obligatoires, que ni la fiche d'évacuation, ni le plan de secours n'étaient affichés sur le bateau, de même que les informations relatives à la qualité de l'air et celles relatives à la définition d'un moyen de rappel des plongeurs en cas d'urgence, que Mme A a réalisé cinq immersions en une matinée alors que seules deux immersions sont autorisées par période de 24 heures, et enfin, qu'une plongée supplémentaire à 5 mètres n'était pas mentionnée sur le tableau de recensement d'activité.
9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les informations relatives à la sécurité des plongées étaient inscrites sur un tableau blanc effaçable sur le bateau, puis retranscrites sur une fiche papier à la fin de chaque session lors du retour à quai, conformément aux dispositions de l'article A. 322-72 du code du sport qui n'imposent au demeurant pas une forme ou un support particulier pour la fiche de sécurité. Il ressort également des pièces du dossier que des fiches d'évacuation et un protocole de secours mentionnant notamment les coordonnées des services de secours et les procédures d'urgence à appliquer ont été présentés lors du contrôle réalisé le 13 juin 2023. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, au vu de la fiche de sécurité versée aux débats et de l'attestation du Dr D, que Mme A aurait réalisé plus de deux immersions la matinée du 13 juin 2023.
10. Dans ces conditions, et si les requérants ont commis des manquements en ne disposant pas de cartes professionnelles à jour à la date du contrôle opéré par les services de gendarmerie maritime le 13 juin 2023, en n'ayant pas suivi avant ledit contrôle un recyclage, et en ayant montré le jour du contrôle qu'un seul BAVU, de tels manquements, pour repréhensibles qu'ils soient quant au respect de leurs obligations professionnelles, n'ont toutefois pas un caractère de gravité suffisant pour faire regarder le comportement de M. C et de Mme A comme susceptible de constituer un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, caractérisant ainsi une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que les arrêtés en litige sont entachés d'un vice de procédure, faute d'avoir été édictés sans saisine préalable de la commission prévue par les dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport précitées d'une part, et faute d'avoir été précédés d'une procédure contradictoire d'autre part.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes nos 2303681 et 2303685, que les arrêtés préfectoraux du 11 juillet 2023 doivent être annulés.
En ce qui concerne la légalité des arrêtés du 28 août 2023 :
12. Pour prendre les arrêtés attaqués du 28 août 2023 selon la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 du code du sport, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, d'une part, sur les constatations de la gendarmerie maritime lors d'un contrôle inopiné réalisé le 13 juin 2023, révélant des dysfonctionnements dans l'organisation des plongées et des manquements des requérants à leurs obligations professionnelles fixées par le code du sport, d'autre part, sur la survenance d'un accident le matin du 10 août 2023 dans le cadre d'une plongée organisée par le Plongée Club de Cannes, pour estimer qu'un risque pour la santé et la sécurité des pratiquants était caractérisé.
13. D'une part, ainsi qu'il a été dit aux points 8 à 10 du présent jugement, si les requérants n'étaient pas en possession de cartes professionnelles à jour lors du contrôle inopiné du 13 juin 2023 par les services de la gendarmerie maritime, n'avaient pas réalisé la session obligatoire de recyclage de leurs diplômes et n'ont été en mesure de ne présenter qu'un seul BAVU lors dudit contrôle, ces seuls manquements, pour répréhensibles qu'ils soient, n'ont toutefois pas un caractère de gravité suffisant pour faire regarder le comportement des requérants comme susceptible de constituer un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, caractérisant ainsi une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport.
14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'un des pratiquants du Plongée Club de Cannes, M. E, a, le 10 août 2023, ressenti des symptômes légers de vertiges non rotatoires et sans nausées, une trentaine de minutes suivant le retour du bateau au port après une session de plongée, soit environ une heure après être sorti de l'eau. Ce pratiquant a contacté le SAMU à 17 heures, après avoir constaté la persistance des vertiges. A son arrivée à l'hôpital, soit plus de 8 heures après sa plongée, il a été diagnostiqué asymptomatique par le médecin et son examen clinique général, neurologique et vestibulaire s'est avéré normal. Ce dernier, qui n'a pas été mis sous oxygène durant son transport pour l'hôpital, a été placé en toute fin d'après-midi, par prudence selon les dires du médecin de l'hôpital, en caisson hyperbare pendant 50 minutes à 17 mètres. Il ressort en outre des pièces du dossier que le pratiquant est ressorti de l'hôpital à 20h30. Il ressort ainsi de l'ensemble des pièces du dossier et notamment des éléments médicaux versés aux débats que les vertiges dont a souffert le pratiquant ne sont pas les symptômes d'un réel accident de désaturation mais ceux, selon les attestations médicales produites, d'un stress et d'une fatigue importants. Il ressort en outre de ces pièces que les symptômes précités ne sont pas apparus immédiatement après la sortie de l'eau mais environ une heure plus tard, lorsque le pratiquant était reparti, de sorte qu'il ne peut être reproché aux requérants, qui n'étaient pas les moniteurs ni les directeurs de plongée ce jour-là, de ne pas avoir déclaré immédiatement l'incident au SDJES des Alpes-Maritimes, n'ayant d'ailleurs été avertis qu'à 20 heures le jour-même de cet incident, ni même d'avoir déclaré spontanément ledit incident dans un délai de 48 heures, lequel ne relève ainsi pas des accidents graves ou des situations à risques graves pour la santé des participants visés par l'article R. 332-6 du code du sport.
15. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'a mentionné le préfet dans les arrêtés attaqués, M. C et Mme A auraient été mobilisés comme directeurs ou moniteurs de plongée pendant les 5 plongées réalisées par M. E, en méconnaissance de la mesure d'interdiction temporaire d'exercice de leur activité prononcée à leur encontre par arrêtés du 11 juillet 2023.
16. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les vertiges subis par M. E le jour de sa plongée avec le Plongée Club de Cannes seraient imputables aux conditions dans lesquelles s'est déroulée cette sortie et notamment aux conditions de sécurité mises en place par ce club, alors que par ailleurs aucun défaut de surveillance, de vigilance ou d'assistance n'est reproché aux requérants, quand bien même M. B, qui était le moniteur de plongée le jour de l'incident, n'était pas détenteur d'une carte professionnelle à jour. Ainsi, eu égard à ce qui a été dit aux points précédents, l'incident survenu le 10 août 2023 ne caractérise pas une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport.
17. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les motifs exposés aux points 13 à 16, que la poursuite de l'activité de M. C et Mme A, pendant la période nécessaire à la convocation de la commission prévue à cet effet, aurait exposé les plongeurs faisant appel à leurs services à un risque tel qu'il pouvait caractériser une urgence au sens des dispositions précitées et dispenser l'administration de convoquer cette commission. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que les arrêtés du 28 août 2023 sont entachés d'un vice de procédure en ce qu'ils n'ont pas été précédés de la saisine de la commission prévue par l'article L. 212-13 précité ainsi que de l'organisation d'une procédure contradictoire au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes nos 2304813 et 2304815, que les arrêtés préfectoraux du 28 août 2023 doivent être annulés.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme A sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 11 juillet et du 28 août 2023.
Sur les frais liés au litige :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 11 juillet 2023 par lesquels le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. C et de Mme A une interdiction temporaire d'exercer toute fonction d'éducateur sportif à titre professionnel ou bénévole pour une durée de six mois, sont annulés.
Article 2 : Les arrêtés du 28 août 2023 par lesquels le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. C et de Mme A une interdiction temporaire d'exercer toute fonction d'éducateur sportif à titre professionnel ou bénévole pour une durée de six mois à compter de la date de notification des arrêtés du 11 juillet 2023, sont annulés.
Article 3 : L'Etat versera la somme globale de 1 500 euros à M. C et Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Mme G A épouse C et au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Nos 2303681, 2303682, 2304813 et 2304815
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026