mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303733 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Hajer Hmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler le certificat de résidence de dix ans dont il était titulaire ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de renouveler son certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui restituer son certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans ;
4°) à défaut d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer son droit au séjour ;
5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui remettre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen attentif et sérieux de sa situation et des observations émises par son conseil ;
- elle est entachée d'erreurs de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une disproportion ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 2 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme Gazeau a été entendu au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 9 juillet 1985, a été mis en possession d'un certificat de résidence algérien valable du 21 mai 2013 au 20 mai 2023. Il en a sollicité le renouvellement et a été muni d'un récépissé autorisant sa présence en France à compter du 26 avril 2023. Par une décision du 25 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande. C'est la décision dont M. B demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes du troisième alinéa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. ".
3. En vertu des stipulations du troisième alinéa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le certificat de résidence valable dix ans est renouvelé automatiquement sans qu'aucune restriction ne soit prévue tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public. Dès lors, l'administration ne saurait légalement opposer à un ressortissant algérien l'existence d'une telle menace pour justifier le rejet d'une demande de renouvellement de son certificat de résidence, mais peut seulement engager à son encontre la procédure d'expulsion régie par les articles L. 631-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence de dix ans de M. B, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le seul motif tiré de ce que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'autorité administrative ne saurait, sans méconnaître le principe du droit de mener une vie familiale normale dont l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 a entendu assurer le respect, légalement opposer à un ressortissant algérien l'existence d'une menace pour l'ordre public, pour justifier le rejet d'une demande de renouvellement de son certificat de résidence. Il résulte de la décision attaquée que M. B s'était vu délivrer un certificat de résidence valable du 21 mai 2013 au 20 mai 2023, dont il a sollicité le renouvellement avant son expiration. Dès lors, l'intéressé remplissait les conditions fixées par l'article 7 bis précité de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié pour qu'il soit automatiquement procédé au renouvellement de ce certificat. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par M. B, est entaché d'erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du préfet des Alpes-Maritimes portant refus de renouveler le certificat de résidence algérien de M. B doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le présent jugement et au vu de l'ensemble des moyens soulevés, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de renouveler le certificat de résidence de M. B dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 juillet 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B un certificat de résidence de dix ans dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. SoliLa greffière,
signé
E. Gialis
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
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