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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303820

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303820

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303820
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, Mme C épouse B, représentée par Me Trugnan Battikh, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 27 juin 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer sans délai à la requérante un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail durant l'examen de sa demande de titre de séjour et ce à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre des frais irrépétibles sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient :

- Que la décision litigieuse la place dans une situation d'extrême précarité administrative ainsi que dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale ;

- Que la décision attaquée est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité du fait de son insuffisance de motivation, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Alpes-Maritimes ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 juillet 2023 sous le numéro 2303755 par laquelle Mme C épouse B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 août 2023 tenue en présence de Mme Martin, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Ben Saadi pour la requérante qui reprend les moyens de la requête et qui précise que la requérante doit s'occuper de son époux de nationalité française qui est malade, présent à l'audience et de ses deux petits-enfants mineurs, également présents à l'audience, lesquels mineurs sont réfugiés ukrainiens en France sans leurs parents.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Mme C épouse B, bénéficiant de la double nationalité israélienne et ukrainienne et mariée à un ressortissant français, demande au juge des référés de suspendre la décision du 29 juin 2023 du préfet des Alpes-Maritimes refusant de l'admettre au séjour. La requérante justifie de l'existence d'une situation d'urgence dès lors que le refus d'admission au séjour et l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de quitter le territoire, du fait de l'état de santé de son époux et de la présence de ses deux petits-fils réfugiés ukrainiens séparés de leurs parents, la placent dans une situation de précarité administrative. Par ailleurs, cette situation d'urgence n'est pas contestée par le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense et ne s'est pas fait représenter à l'audience.

4. En l'état de l'instruction le moyen tiré de l'atteinte au respect de la vie privée et familiale de Mme B et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature, compte des éléments développés lors de l'audience par le conseil de la requérante, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer sans délai à la requérante un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail durant l'examen de sa demande de titre de séjour sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1000 euros aux titres des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet des Alpes-Maritimes en date du 27 juin 2023, refusant d'admettre au séjour Mme C épouse B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer sans délai à Mme C épouse B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente qu'il soit statué sur sa demande d'admission au séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C épouse B, la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 24 août 2023.

Le juge des référés,

signé

P. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pouvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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