jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Rossler, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un certificat de résidence temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6.1 de l'accord franco-algérien dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que les articles L. 432-13 et suivants et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens ;
- il méconnait les stipulations de l'article 6.1 de l'accord franco-algérien ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023 :
- le rapport de Mme Pouget, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Rossler, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 5 avril 1963, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé présente " une problématique de trouble à l'ordre public manifeste " en ce qu'il serait défavorablement connu des services de police pour des faits d'infractions commis en 2010, 2013, 2014, 2015, 2018 et 2021. Toutefois, le requérant soutient, sans être contredit en défense, que les infractions de 2010, 2013, 2014, 2015 et 2021 ne lui sont pas imputables. Par ailleurs, s'il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet d'une peine de deux ans d'emprisonnement pour " violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs sans incapacité " en décembre 2018, cette condamnation demeure ancienne et ne saurait constituer à elle seule une menace à l'ordre public. Il en résulte que le préfet des Alpes-Maritimes n'était pas fondé à rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour sollicité par le requérant au seul motif que son comportement constituait une atteinte à l'ordre public.
3. D'autre part, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Même si l'accord franco-algérien ne contient pas de stipulations équivalentes à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, il est toujours loisible au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il lui appartient alors, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. En l'espèce, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a fait, à tort, une application directe des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la situation du requérant, en examinant celle-ci au regard des dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 dudit code, examen qui ne peut ainsi être considéré comme relevant du pouvoir d'appréciation laissé au préfet, qui implique un examen en premier lieu de la situation de l'étranger au regard des stipulations internationales qui lui sont applicables. Par suite, dans les circonstances de l'espèce telles qu'elles viennent d'être rappelées, le requérant est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur de droit en refusant son admission au séjour sur le seul fondement de l'article L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".
6. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A réside en France depuis plus de dix ans. Ainsi, le requérant satisfait aux conditions de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien citées au point précédent.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. L'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de son motif, que le préfet des Alpes-Maritimes délivre à M. A un certificat de résidence d'un an. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 12 juillet 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. A un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros (huit cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente-rapporteure ;
M. Soli, premier conseiller ;
M. Holzer, conseiller ;
Assistés de Mme Daverio, greffière
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
La présidente-rapporteure,L'assesseur le plus ancien,
Signé Signé
M. C
La greffière,
Signé
M-L DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière,
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