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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303884

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303884

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, M. A B, représenté par Me Ariane Fontana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;

3°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'acte contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- cet acte est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes s'est estimé tenu de prendre l'arrêté du 13 juillet 2023 sans exercer son pouvoir discrétionnaire ;

- cette arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté en litige constitue une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 28 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien, né à Grosi le 21 août 1961, déclare être entré irrégulièrement en France le 19 janvier 2023. Il a présenté le 21 février 2023 devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) une demande d'asile, qui a été rejetée par décision du 21 avril 2023. Par un arrêté du 13 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de protégé international et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme C D, directrice adjointe de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2023-368 du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 115-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions portant refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté en litige vise les textes applicables, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales particulièrement ses articles 3 et 8 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. B. Cet arrêté fait également état d'éléments de fait propres à la situation de lintéressé, en précisant notamment qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, a présenté une demande d'asile auprès de l'OFPRA, demande rejetée le 21 avril 2023 et qu'il n'a pas formé de recours contre cette décision devant la cour nationale du droit d'asile. Il en résulte que l'arrêté du 13 juillet 2023 énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Par suite, le préfet, qui n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé cet arrêté en droit comme en fait au regard des éléments dont il avait connaissance. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.

6. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet des Alpes-Maritimes a spontanément examiné la situation du requérant au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la notice d'information relative aux possibilités de demander un titre de séjour dès le début de l'examen par la France de la demande d'asile a été notifiée à M. B en langue géorgienne le 2 février 2023. Si le requérant soutient avoir déposé dans le délai de trois mois imparti une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé, il ne l'établit par la production d'éléments probants. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obligation au préfet d'examiner spontanément la situation de l'intéressé au regard de ce dispositif. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait à cet égard entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés précédemment, M. B, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté aurait été pris en violation des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

9. M. B soutient que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au regard des éléments mentionnés aux points précédents, notamment du caractère récent de l'entrée en France de l'intéressé sur le territoire, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet des Alpes-Maritimes du 13 juillet 2023 doivent être rejetées, ensemble les conclusions à fin d'injonction et celles formulées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente,

signé

M. Pouget La greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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