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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304007

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304007

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDARMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2023, et des mémoires enregistrés le 14 août 2023, et le 12 mars 2024, M. C A B, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision prise par le préfet des Alpes-Maritimes de non renouvellement d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le renouvellement de sa carte de résident ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit puisque les condamnations des 26 juin 2019 et 16 septembre 2020 dont a fait l'objet le requérant ne permettaient pas au préfet des Alpes-Maritimes de prendre une décision en ce sens sur le fondement de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet des Alpes-Maritimes.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 13 mars 2024, la clôture d'instruction a été reportée au

28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 relatif au séjour et au travail des personnes, modifié ;

-le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bulit, assesseur et les observations de M. A B ont été entendues au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, déclarant être entré en France en 2011, a sollicité le renouvellement de sa carte de résident qui arrivait à échéance le 7 mars 2023. Par un courrier du 24 avril 2023, notifié à l'intéressé le 4 mai 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait part à ce dernier de son intention de ne pas accorder le renouvellement de la carte de résident. Par un courrier, datant du 11 mai 2023, M. A B a fait part de ses observations. Par une décision du 20 juin 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'accorder le renouvellement de la carte de résident de l'intéressé. Il demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien visé ci-dessus : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Aux termes l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ".

3. Aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au présent litige : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit.

4. Les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissent le retrait des cartes de résident. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur de droit en fondant la décision de non-renouvellement en litige sur ces dispositions. Au surplus, pour refuser le renouvellement de la carte de résident du requérant, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'existence de condamnations prononcées à l'encontre de ce dernier, pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par ce dernier sous l'empire d'un état alcoolique et à nouveau pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire. Toutefois, M. A B soutient à raison, qu'aucune des dispositions précitées ne permettait légalement à l'autorité préfectorale de refuser le renouvellement de sa carte de résident puisqu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation sur le fondement des dispositions du code pénal énoncées par les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes a donc méconnu le champ d'application de ces dispositions.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 20 juin 2023, par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler la carte de résident de M. A B doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de séjour.

6. Compte-tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la demande de M. A B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser M. A B sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 juin 2023 prise par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la demande de

M. A B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des

Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. BULIT

Le président,

Signé

G. TAORMINA Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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