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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304106

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304106

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné les requêtes de Mme B C contestant le refus de la commission de médiation des Alpes-Maritimes de reconnaître le caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social. Le tribunal a constaté que la décision explicite de rejet du 4 juillet 2023 s'était substituée à la décision implicite, rendant sans objet la première requête. Sur le fond, le juge a rejeté la demande d'annulation de la décision du 4 juillet 2023, estimant que la commission n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur la surface suffisante du logement occupé et l'absence de décision d'expulsion, conformément aux articles L. 441-2-3 et R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

1/ Par une requête enregistré le 8 août 2023, sous le n° 2304106, Mme B C demande au tribunal :

* d'annuler la décision implicite en date du 4 août 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre à la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande.

Mme C doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête. Le préfet fait valoir que la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a explicitement rejeté le recours amiable introduit par la requérante par décision en date du 4 juillet 2023

2/ Par une requête enregistré le 7 mars 2024, sous le n° 2401270, Mme B C, représentée par Me Frédéric Carrez, avocat au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 4 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* de la reconnaître prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement correspondant à ses besoins et capacités ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que la décision attaquée est entachée :

* d'insuffisance de motivation ;

* d'erreur de droit ;

* d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme A, pour le préfet des Alpes-Maritimes, la requérante n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige

1. Le 3 juin 2023, Mme C a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le 3 juin 2023, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a accusé réception du recours amiable de la requérante en précisant qu'en l'absence de décision à la date du 3 août 2023 elle devrait considérer son recours comme rejeté. Dans sa requête n° 2304106, la requérante soutient qu'en l'absence de décision explicite, une décision implicite de rejet est intervenue en date du 4 août 2023 et en demande l'annulation. Cependant, par décision explicite en date du 4 juillet 2023, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté le recours amiable introduit par Mme C. Dans sa requête n° 2401270, Mme C demande l'annulation de la décision en date du 4 juillet 2023

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet

2. La décision explicite en date du 4 juillet s'est nécessairement substituée à la décision implicite contestée par la requérante. Les conclusions aux fins d'annulation de cette dernière sont par suite devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 4 juillet 2023

3. Par décision en date du 4 juillet 2023, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de Mme C aux motifs que la surface de 43 mètres carrés du logement occupé par la requérante est supérieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation au regard des quatre personnes qui composent la cellule familiale, que si l'intéressée a déposé une demande de logement social le 16 janvier 2019, l'examen de son recours fait ressortir qu'elle bénéficie déjà d'un logement adapté à ses capacités et besoins et n'est pas en situation d'urgence bien qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai réglementaire de 45 mois et que si elle a reçu un congé reprise le 21 mars 2021 pour le 1er juin 2022 et une mise en demeure de son propriétaire le 16 mai 2023 lui rappelant la résiliation de son bail, la requérante ne justifie pas avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement (). Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés () s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. () ; / () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement () d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

5. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () " et aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " La décision attaquée prise au visa de l'article L. 3001-1, du II de l'article L. 441-2-3 et des articles R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l'habitation contient les éléments de droit et de fait tirés de la situation personnelle de la requérante, mentionnés au point 3 ci-dessus, qui en constituent le fondement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée ne serait pas suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, Mme C soutient que la simple constatation qu'elle a déposé une demande de logement social depuis plus de 45 mois aurait dû conduire la commission de médiation à reconnaître le caractère prioritaire de sa demande. Cependant la circonstance que la demande de logement social date de plus de 45 mois constitue seulement un motif valable de saisine de la commission mais ne préjuge pas si au regard de l'ensemble des éléments de la situation du demandeur la condition d'urgence est remplie. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, en considérant qu'elle bénéficie déjà d'un logement adapté à ses capacités et besoins, la commission n'a pas ajouté une condition non prévue par les textes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En troisième lieu, la requérante allègue que depuis le 1er juin 2019, elle est locataire avec son concubin et ses deux enfants, dont un majeur, d'un appartement de type T2 d'une surface de 43 mètres carrés situé à Cagnes sur mer trop exiguë, qu'elle renouvelle régulièrement sa demande de logement social et qu'en date du 21 mars 2022 son bailleur lui a adressé une résiliation de bail au 1er juin 2022 renouvelée un an plus tard. Cependant, étant observé que la surface du logement occupé par la requérante est supérieure à celle de 34 mètres carrés prévue par les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation mentionné au point 4 ci-dessus pour une cellule familiale de 4 personnes, en tout état de cause, la requérante ne produit pas d'élément susceptible de la regarder comme prioritaire et devant être logée d'urgence. Par suite, la requérante n'établit pas que la commission a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 2401270 de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2304106.

Article 2 : La requête n° 2401270 est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B C et au ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLe greffier,

signé

A. BAAZIZ

La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2304106-2401270

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