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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304220

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304220

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.Myara

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant sur le recours pour excès de pouvoir de M. A, annule la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 19 janvier 2023. Le tribunal retient que la réalité de l'infraction n'est pas établie, car l'officier du ministère public a classé les poursuites sans suite et annulé le titre exécutoire d'amende forfaitaire, conformément à l'article L. 223-1 du code de la route. En conséquence, il enjoint au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés et de reconstituer le capital de points du permis de conduire de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés le 25 août 2023 et les 14 mai et 2 juin 2025, M. C A, représenté par Me Bender, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ainsi que la décision de retrait de point consécutive à l'infraction commise le 19 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant le capital de points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; subsidiairement, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de l'Officier du ministère public sur sa réclamation du 23 août 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que l'infraction constatée n'est pas établie.

Par un mémoire enregistré le 5 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référence " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a notifié à M. A le dernier retrait de points consécutif à la dernière infraction, et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que la décision de retrait de point consécutive à l'infraction commise le 19 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".

3. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, le contrevenant peut, dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. Lorsque le destinataire d'un avis de contravention choisit d'éteindre l'action publique par le paiement de l'amende forfaitaire, il résulte des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route que ce paiement établit la réalité de l'infraction et entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. Par suite, celui-ci ne peut utilement soutenir devant le juge administratif, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de retrait de points, qu'il n'est pas le véritable auteur de l'infraction. Il résulte également de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou, en cas d'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre.

4. M. A justifie de ce que par une décision du 17 octobre 2024, l'officier du ministère public près le tribunal de police de Digne-les-Bains a procédé à un classement sans suite des poursuites consécutives à l'infraction litigieuse commise le 19 janvier 2023. Dès lors, le requérant doit être regardé comme rapportant la preuve de l'annulation du titre exécutoire d'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, dont il justifie, par ailleurs, avoir obtenu le remboursement. Il s'ensuit que la réalité de l'infraction du 1er décembre 2021 n'est pas établie au sens des dispositions précitées de l'article L. 223-1 du code de la route.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 19 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à M. A le bénéfice des points affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 19 janvier 2023 dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant en en tirant toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé dans un délai de trois mois.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 19 janvier 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de trois mois à compter du présent jugement, le bénéfice des points visés à l'article 1er en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

Le magistrat désigné, La greffière,

Signé Signé

A. MyaraM. B

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2304220

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