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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304345

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304345

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, M. A C B, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation du territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

1°) En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le droit à être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

2°) En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

3°)En ce qui concerne l'interdiction de circulation :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Garcia, assesseur, a été entendu au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024, M. A C B et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation à M. A C B, ressortissant portugais, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation du territoire français d'une durée d'un an. Ce dernier demande par la présente requête l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". M. C B ne justifie dans sa requête d'aucune situation d'urgence au sens de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précitée et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a ainsi lieu de rejeter ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C B, faisant, en particulier, mention de son parcours depuis son arrivée sur le territoire français et justifiant l'édiction à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de circulation pour une durée d'un an. Dès lors, l'arrêté comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait permettant à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé et par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés uniquement contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. En l'espèce, il ressort de l'arrêté en litige que M. C B a pu présenter des observations le 31 août 2023, soit antérieurement à l'édiction de cet arrêté. Il n'est ni soutenu, ni allégué par le requérant, qu'il avait d'autres éléments à faire valoir dont le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas tenu compte et qui auraient pu aboutir à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction applicable à la date de la décision attaquée, ne sont pas applicables à un ressortissant citoyen de l'Union européenne, lequel relève uniquement des dispositions du livre II de ce code. Par suite, dans la mesure où M. C B est de nationalité portugaise, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C B, né en 1995 fait état de son arrivée en France à l'âge de trois ans et de la présence de sa famille en France, il ne fournit aucun élément ou document permettant au tribunal de vérifier la réalité de ces allégations. En outre, l'intéressé ne contredit pas la motivation de l'arrêté en litige, selon laquelle il est célibataire père de trois enfants, dont il n'établit pas contribuer à l'entretien ni entretenir des liens avec eux et il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Portugal. Enfin, il ressort des termes mêmes de l'arrêté, sans que cela soit contesté par M. C B, que le requérant a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales pour des faits d'extorsion par violence, menace ou contrainte en 2016, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint en 2019, récidive et en 2023 pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé de vivre une vie privée et familiale normale et par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen dirigé uniquement contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. M. C B soutient qu'il ne représente pas de risque de fuite, au regard des critères mentionnées à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions ne sont toutefois pas applicables à l'intéressé, lequel relève de l'article L. 251-3 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'absence de risque de fuite doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens dirigés uniquement la décision d'interdiction de circulation :

11. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé et il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que l'interdiction de circulation ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit que l'intéressé tire des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces deux moyens ne peuvent donc qu'être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation du territoire français d'une durée d'un an. Ses conclusions à fin d'annulation ne peuvent donc qu'être rejetées, ensemble celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. Garcia

Le président,

Signé

G. TaorminaLe greffier,

Signé

D. Crémieux

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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