vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Hanan Hmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer, dès notification du jugement à intervenir, un certificat de résidence d'une durée de dix ans ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 6 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les observations de Me Trifi, substituant Me Hmad, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 12 juin 1987, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans par une demande reçue en préfecture le 3 novembre 2022. Un certificat de résidence d'une durée d'un an lui a été délivré. Elle demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui exerce une activité d'enseignement des langues étrangères en qualité d'auto-entrepreneure et a disposé à ce titre de ressources mensuelles nettes d'environ 1 500 euros au titre des années 2021 et 2022, établit résider en France de façon ininterrompue depuis trois ans, ce qui est corroboré par les certificats de résidence d'un an qu'elle a obtenus entre 2017 et 2023 et n'est pas contesté par le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision implicite résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes doit être annulée.
4. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme B s'est vue, postérieurement à la décision en litige, remettre un certificat de résidence algérien de dix ans. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'injonction.
5. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme sollicitée par Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande de carte de résident de dix ans de Mme B est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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