jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2023 et 29 octobre 2024, Mme B C, épouse A, représentée par Me Ciccolini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 aout 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée :
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Cueilleron ;
- et les observations de Me Ciccolini, représentant Mme C, épouse A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, épouse A, de nationalité arménienne et née le 6 mars 1987, est, selon ses déclarations, entrée en France en compagnie de son mari en mai 2011 pour y solliciter l'asile. La requérante a présenté une demande d'admission au séjour par un courrier daté du 30 novembre 2021. Par un arrêté du 23 aout 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande. Mme C, épouse A, demande au Tribunal l'annulation de cet arrêté et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de l'admettre au séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, épouse A, qui réside en France depuis 2011, est mariée avec un compatriote titulaire d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 12 décembre 2024 dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour de deux ans accordé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De cette union sont nés en France deux enfants, respectivement les 19 mars 2013 et 21 octobre 2014, tous deux scolarisés en France. Par ailleurs, l'intéressée justifie, par les nombreuses pièces qu'elle produit, notamment des factures, relevés de compte et quittances de loyer, aux deux noms, du caractère réel et ininterrompu de la communauté de vie en France avec son époux, lequel a, compte tenu de ce qui vient d'être dit, a vocation à demeurer sur le territoire national. Dans ces conditions, Mme C, épouse A, est fondée à se prévaloir de l'atteinte disproportionnée portée par la décision de refus de séjour en litige à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a ainsi méconnu les stipulations précitées.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme C, épouse A, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, au profit de la requérante, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision 23 aout 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme C, épouse A, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C, épouse A, la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme C, épouse A, et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
M. Holzer, conseiller ;
Mme Cueilleron, conseillère ;
Assistés de Mme Pagnotta, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cueilleron
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
M. Pagnotta
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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