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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305399

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305399

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPALOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 octobre 2023, 13 décembre 2023 et 29 février 2024, la société civile immobilière Eze Famille, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Bastardi-Daumont, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire d'Eze a refusé de retirer pour fraude l'arrêté du 9 septembre 2022 portant délivrance d'un permis de construire à la société Sofaprim en vue de la démolition des constructions existantes, de la réalisation de trois maisons individuelles et de la création d'un niveau commun de stationnement en sous-sol sur les parcelles cadastrées section AH n°s23, 24, 48, 71, 73, 74 et 76, situées 3785 avenue des Diables Bleus ;

2°) d'enjoindre au maire d'Eze de retirer l'arrêté du 9 septembre 2022 par lequel il a délivré à la société Sofaprim un permis de construire.

La société requérante soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le permis de construire délivré à la société Sofaprim le 9 septembre 2022 a été obtenu à la suite de manœuvres frauduleuses.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023, 31 janvier 2024 et 29 février 2024, la société par actions simplifiée Sofaprim, prise en la personne de sa présidente en exercice, représentée par Me Paloux, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que le tribunal mette à la charge de la société requérante la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante n'a pas respecté les exigences procédurales imposées par les dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme, que sa requête présente le même objet et la même cause juridique qu'un précédent recours rejeté par une ordonnance n°2301506 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Nice du 5 juillet 2023 et qu'elle ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, le permis de construire litigieux du 9 septembre 2022 n'a été délivré à la suite d'aucune manœuvre frauduleuse.

La requête a été communiquée à la commune d'Eze qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par courrier du 24 novembre 2023, la société civile immobilière Eze Famille a été invitée à justifier, dans un délai de quinze jours, de l'accomplissement de l'ensemble des formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- les observations de Me Romeo, substituant Me Bastardi-Daumont, représentant la société civile immobilière Eze Famille,

- et les observations de Me Paloux, représentant la société Sofaprim.

La commune d'Eze n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 septembre 2022, le maire de la commune d'Eze a délivré à la société par actions simplifiée (ci-après, " SAS ") " Sofaprim ", un permis de construire portant sur la démolition des constructions existantes, la réalisation de trois maisons individuelles et la création d'un niveau commun de stationnement en sous-sol sur les parcelles cadastrées section AH n°s 23, 24, 48, 71, 73, 74 et 76, situées 3785 avenue des Diables Bleus. Par une ordonnance n°2301506 du 5 juillet 2023, le président de la 2ème chambre du tribunal a rejeté la requête de la société civile immobilière (ci-après, " SCI ") " Eze Famille " formée contre cet arrêté du 9 septembre 2022 ainsi que contre la décision du 15 décembre 2022 par laquelle le maire d'Eze avait rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre de ce même arrêté. Par un courrier daté du 5 juillet 2023, cette même société a demandé au maire d'Eze de retirer pour fraude ledit arrêté. Cette demande de retrait est toutefois restée sans réponse de la part du maire de la commune. Par la présente requête, la société Eze Famille demande alors au tribunal d'annuler cette décision née du silence gardé par le maire d'Eze sur sa demande de retrait de l'arrêté du 9 septembre 2022.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / () ".

3. La décision refusant de retirer un permis de construire constitue, pour l'application des dispositions citées au point précédent, une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme. Par suite, il appartient à l'auteur d'un recours contentieux dirigé contre une telle décision d'adresser au greffe de la juridiction où le recours contentieux a été enregistré la preuve de la notification de ce recours à l'auteur de la décision contestée et au titulaire de l'autorisation.

4. En outre, il appartient au juge administratif, au besoin d'office, de rejeter une requête comme irrecevable, lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par ces mêmes dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

5. Enfin, si, ainsi que le prévoit l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment, cette circonstance ne saurait, en revanche, proroger le délai du recours contentieux contre cet acte administratif. Toutefois, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.

6. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que s'il appartient à l'auteur d'un recours administratif ou d'un recours contentieux dirigé contre une décision de refus de retirer un permis de construire de notifier son recours, en application des dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, il n'en résulte pas une obligation pour les tiers de notifier au pétitionnaire la demande de retrait dudit permis de construire, laquelle ne constitue pas un recours gracieux dirigé contre ce permis de construire. Ainsi, dans ces conditions et contrairement à ce que soutient en défense la société Sofaprim, la société requérante n'avait pas à lui notifier sa demande de retrait de l'arrêté du 9 septembre 2022 datée du 5 juillet 2023 en application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Toutefois, il est constant qu'il appartenait, en application de ces dispositions du code de l'urbanisme, à cette même société requérante de notifier son recours contentieux enregistré au greffe du tribunal administratif de Nice le 31 octobre 2023 tant à la société Sofaprim qu'au maire d'Eze, auteur de la décision attaquée. Si elle justifie avoir accompli une telle formalité à l'égard de la société pétitionnaire, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle l'aurait accompli à l'égard du maire d'Eze, malgré l'invitation qui lui a été faite en ce sens par le tribunal le 24 novembre 2023. Par suite, et dans ces conditions, sa requête doit être rejetée comme étant irrecevable.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Eze Famille une somme de 2 000 euros à verser à la société Sofaprim en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Eze Famille est rejetée.

Article 2 : La société Eze Famille versera à la société Sofaprim une somme de 2 000 (deux mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Eze Famille, à la société par actions simplifiée Sofaprim et à la commune d'Eze.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2305399

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