lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305482 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme SORIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023, M. B, représenté par Me Hajer Hmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er novembre 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé son pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant la durée du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :
- les garanties de représentation dont il dispose n'ont pas été prises en compte de sorte que la décision est disproportionnée ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
- la décision en litige est disproportionnée.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Sorin, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sorin, magistrate désignée,
- et les observations de Me Hajer Hmad, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er novembre 2023, dont M. A, de nationalité pakistanaise, demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé son pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
2. L'arrêté contesté reprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettaient au requérant à la seule lecture de l'arrêté, d'en comprendre les motifs. Dans ces conditions, dès lors que l'arrêté n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments personnels de la situation de l'intéressé, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. Le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait en ce que le préfet a retenu à tort qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour, que ses liens personnels ne sont pas anciens ni stables, qu'il a conservé des attaches dans son pays et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Toutefois, les pièces produites par le requérant ne permettent pas d'établir que le préfet a commis une erreur de fait et si le requérant justifie d'une résidence stable ainsi que d'avoir déposé des demandes de titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une autre décision sans commettre ces erreurs. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Si le requérant soutient qu'il réside habituellement en France depuis 2012, qu'il y travaille et que sont également présents en France, en situation régulière, sa mère ainsi que ses frères et sœurs, ces circonstances ne sont pas de nature à établir une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 (). ".
9. En l'espèce, M. A établit que la majorité des membres de sa famille réside en France, qu'il réside en France depuis plusieurs années et possède un domicile stable. Dans ces conditions, en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur d'appréciation. Le requérant est donc fondé à demander pour ce motif l'annulation de la décision par laquelle le préfet lui a refusé un délai de départ volontaire.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement qui se borne à annuler les décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas nécessairement qu'il soit délivré au requérant une autorisation provisoire de séjour, il y a donc lieu de rejeter ces conclusions.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er novembre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé en tant qu'il a été refusé à M. A un délai de départ volontaire et en ce qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
G. SORINLa greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation, la Greffière,
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