mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305560 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 12 septembre 2023, notifiée le 2 octobre suivant, par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler sa carte de résident arrivée à échéance le 12 août 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de résident dans le délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut pour le préfet des Alpes-Maritimes d'avoir procédé à la saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir un renouvellement de plein droit de sa carte de résident ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 18 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024,
- le rapport de Mme Sandjo, conseillère,
- M. A et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur A, ressortissant tunisien né le 15 décembre 1977, était titulaire d'une carte de résident valable du 13 août 2013 au 12 août 2023. Le 26 juillet 2023, il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Par une décision du 12 septembre 2023, notifiée le 2 octobre suivant, le préfet des Alpes-Maritimes l'a informé de sa décision de ne pas lui accorder le renouvellement souhaité. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa décision applicable au litige : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" lui est alors délivrée de plein droit ". Selon l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ".
3. En l'espèce, pour refuser le renouvellement de sa carte de résident, qui expirait le 12 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé notamment sur la circonstance que M. A a été condamné le 9 mai 2019 par la Cour d'appel d'Aix en Provence à une peine de 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de conduite de véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, rébellion et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, cette dernière infraction étant réprimée par les dispositions de l'article L. 433-5 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent au préfet de retirer une carte de résident suite à une condamnation pénale définitive, ces dispositions ne sont pas applicables à une demande de renouvellement de carte de résident. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision du 12 septembre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes lui notifiant le refus de renouvellement de sa carte de résident est entachée d'une erreur de droit et doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, et en l'absence de tout changement allégué dans les circonstances de fait et de droit, qu'une carte de résident soit délivrée à M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes du 12 septembre 2023 refusant le bénéfice du renouvellement de sa carte de résident à M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. A une carte de résident dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
G. SANDJO
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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