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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305785

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305785

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, la société en nom collectif (SNC) Paulette et Mme A B représentées par Me Elbaz, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le maire d'Auribeau-sur-Siagne a délivré aux sociétés à action simplifiée (SAS) Nexity Ir Programmes Région Sud et Sogeprom Réalisations Côte d'Azur, un permis de construire de trois bâtiments à usage d'habitation et de commerce ainsi qu'un équipement d'intérêt collectif, ensemble la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Auribeau-Sur-Siagne une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision en litige est illégale en raison de l'insuffisance des pièces composant le dossier de permis de construire ;

- elle est illégale en raison des vices de formes et de procédure ayant permis de prendre cette décision ;

- elle méconnait les règles générales d'urbanisme de l'article L. 111-3 du code d'urbanisme, puisque le projet n'est pas situé dans une partie urbanisée de la commune.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2024, la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud représentée par Me Rossanino, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, la commune d'Auribeau-sur-Siagne représentée par Me Willm, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 3 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de M. Bulit, assesseur ;

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public ;

- et les observations de Me Karbowiak représentant la commune d'Auribeau-sur-Siagne, de Me Rossanino représentant la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud, la SNC Paulette et Mme B n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 avril 2023, les sociétés Nexity Ir Programmes Région Sud et Sogeprom Réalisations Côte d'Azur ont déposé une demande de permis de construire ayant pour objet l'édification de trois bâtiments de 65 logements, 3 commerces et une crèche sur une surface plancher de 4400 m2 situés 336 route de Cannes à Auribeau-sur-Siagne. Par un arrêté du 23 mai 2023 et un arrêté rectificatif du 30 mai 2023, le maire de la commune d'Auribeau-Sur-Siagne a accordé le permis de construire. Par courrier du 24 juillet 2024, Mme B a formé un recours administratif contre cette décision. Par leur requête, la SNC Paulette et Mme B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023, ensemble le rejet du recours gracieux du 24 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, si la SNC Paulette et Mme B soutiennent que la décision litigieuse serait illégale en raison de ces vices de forme et de procédure, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, si les requérantes contestent l'insuffisance des pièces composant le dossier de permis de construite, elles n'apportent aucun élément permettant de démontrer une telle allégation. En outre, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En l'espèce, il n'est pas démontré que l'insuffisance des pièces composant le dossier de permis de construire aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par le maire d'Auribeau-Sur-Siagne. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Pour l'application de ces dispositions, doivent être regardées comme des parties urbanisées de la commune, celles qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. En dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées, ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies aériennes et de l'extrait du plan cadastral produits par la SAS Nexity Ir Programmes Région et la commune d'Auribeau-sur-Siagne que le projet se situe au sein d'un environnement bâti composé de maisons individuelles suffisamment nombreuses pour constituer une partie urbanisée de la commune.

6. D'ailleurs, le projet prévoit la démolition de deux constructions situées sur son terrain d'assiette. Enfin si le terrain d'assiette du projet qui est partiellement non bâti ne s'insère que partiellement dans l'enveloppe urbaine de la commune, eu égard à l'ensemble de ces éléments, ce terrain doit ainsi être regardé comme étant inséré dans une partie urbanisée de la commune. Le terrain d'assiette du projet se situe au sud-est du territoire communal, le long de la route de Cannes, qui constitue l'un des axes principaux de la commune le long duquel s'étire le tissu bâti. Si la partie ouest du terrain d'assiette s'ouvre sur un vaste espace agricole, ce terrain est bordé au nord et au sud par des parcelles comportant des constructions implantées le long de la route de Cannes. Celles-ci forment avec les habitations situées de l'autre côté de la route de Cannes un ensemble bâti homogène qui rejoint, au nord, le secteur densément urbanisé du rond-point de Moulin Vieux et, au sud, un ensemble dense de constructions implantées le long de la route de Cannes jusqu'à la commune limitrophe de Pégomas. Par ailleurs, il est constant que le terrain d'assiette est desservi par l'ensemble des réseaux publics, ainsi que par la voie publique que constitue la route de Cannes. Dès lors, il s'agit d'un terrain situé dans une partie de la commune dans laquelle est déjà regroupé un nombre suffisant d'habitations desservies par des voies d'accès pour qu'elle soit regardée comme urbanisé au sens des dispositions précitées. Il s'ensuit que les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le projet méconnaitrait les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SNC Paulette et Mme B ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2023.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Auribeau-sur-Siagne, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérantes prises solidairement une somme de 800 euros à verser à la commune d'Auribeau-sur-Siagne et une somme de 800 euros à la société Nexity Ir Programmes Région Sud au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SNC Paulette et de Mme B est rejetée.

Article 2 : La société SNC Paulette et Mme B prises solidairement verseront une somme de 800 (huit cent) euros à la commune d'Auribeau-sur-Siagne, et une somme de 800 (huit cent) euros à la société Nexity Ir Programmes Région Sud, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société SNC Paulette, Mme A B et aux sociétés Nexity Ir Programmes Région Sud et Sogeprom Réalisations Côte d'Azur et à la commune d'Auribeau-sur-Siagne.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. BULIT

Le président,

Signé

G. TAORMINA Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

No2305785

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