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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2306154

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2306154

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2306154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLOPEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Lopez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa requête, et de lui délivrer, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de produire son entier dossier médical ainsi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des Alpes-Maritimes du 30 novembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui ayant pas été communiqué ;

- l'avis du collège des médecins de l'OFII sur lequel se fonde l'arrêté a été émis à l'issue d'une procédure irrégulière au sens des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet des Alpes-Maritimes s'est estimé à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII du 30 novembre 2021 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'information.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chevalier-Aubert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant péruvien né le 21 décembre 1982, a sollicité le 17 août 2021 son admission au séjour pour soins médicaux pour son enfant auprès des services de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté du 15 novembre 2023 le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision de refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles visent notamment les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de faits relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment en reprenant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'information (OFII) mais aussi en mentionnant le fait qu'il n'a pas fait état dans sa demande d'une impossibilité pour son fils d'accéder de façon concrète à des soins appropriés dans leur pays d'origine, qu'il ne démontre pas avoir fixé le centre de leur vie privée et familiale en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Le préfet des Alpes-Maritimes n'était pas tenu d'examiner la demande complémentaire de titre de séjour en qualité de salarié que le requérant allègue, sans l'établir, avoir présenté le 3 mai 2023. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Aux termes de l'article L.425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'enfant mineur qui remplit les conditions de l'article L.425-9 () se voient délivrer () une autorisation provisoire de séjour (). / Elle est renouvelée pendant toute la prise en charge de l'étranger mineur () /. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L.425-9 ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'avis rendu le 30 novembre 2021 par le collège de médecins de l'OFII aux termes duquel si l'état de santé de l'enfant du requérant nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. D'une part, il ressort des termes même des décisions attaquées que le préfet des Alpes-Maritimes s'est bien prononcé au vu de l'état de santé de l'enfant. D'autre part, si le requérant fait valoir que l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il bénéficie encore de traitements et d'un suivi en France, les certificats médicaux qu'ils versent au dossier, ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII sur la gravité des conséquences d'un défaut de prise en charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ", et aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

7. D'une part, le requérant soutient que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en raison du défaut de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII, de sorte qu'il n'a pas été mis en mesure de vérifier la régularité de la procédure. Toutefois, le préfet n'est pas tenu de communiquer l'avis du collège des médecins de l'OFII contrairement à ce que soutient M. C. D'autre part, il ressort de la pièce produite par le préfet en défense, que le collège des médecins de l'OFII au sein duquel ont siégé les docteurs Giraud, Bourgeois et Netillard, désignés par décision du directeur national de l'OFII en date du 1er octobre 2021, s'est prononcé sur l'état de santé de l'enfant du requérant par un avis rendu le 30 novembre 2021. Cet avis a été rendu après qu'un rapport médical, rédigé le 27 octobre 2021 par le docteur A, a été transmis le 27 octobre 2021 au collège de médecins au sein duquel le médecin rapporteur n'a pas siégé. Dès lors, les vices de procédure invoqués ne peuvent qu'être écartés.

8. En quatrième lieu, M. C soutient que le préfet des Alpes-Maritimes s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII du 30 novembre 2021 et aurait dû tenir compte de toutes les pièces médicales produites. Or, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C, le préfet des Alpes-Maritimes a, d'une part, mentionné l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII du 30 novembre 2021 et d'autre part, indiqué que le requérant n'a pas fait état dans sa demande de l'impossibilité pour son fils d'accéder de façon concrète à des soins appropriés dans son pays d'origine et n'a pas établi la gravité des conséquences d'une absence de prise en charge. Il résulte ainsi des termes mêmes de cette décision que le préfet des Alpes-Maritimes ne s'est pas estimé en situation de compétence liée par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C soutient qu'il est entré en France en décembre 2017, qu'il vit avec ses deux enfants dont l'un est mineur. Il fait également valoir que de nombreux membres de sa famille vivent en situation régulière en France et qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de 35 ans, que son entrée sur le territoire français est récente et qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, l'état de santé de son enfant ne nécessite pas le maintien de la famille en France. Il n'allègue pas ne pas avoir d'attaches dans son pays d'origine dès lors qu'il indique être père de deux autres enfants qui vivent au Pérou. En l'espèce, aucun élément ne fait obstacle à ce que la vie privée et familiale du requérant se poursuive avec son fils dans son pays d'origine. Il suit de là que, dans les circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet des Alpes-Maritimes n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. M. C fait valoir que l'intérêt supérieur de son enfant impose qu'il puisse continuer à vivre en France et à y être scolarisé et soigné. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Pérou, où il n'est pas établi que l'enfant ne pourrait être scolarisé et poursuivre un suivi médical. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste méconnait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. En septième et dernier lieu, si M. C soutient que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions, ni que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entendu examiner sa demande de titre de séjour sur ces fondements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

V. Chevalier-Aubert

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. Zettor

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

N°2306154

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