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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2306257

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2306257

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2306257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL NEVEU, CHARLES ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, Mme F G, M. D G et Mme E K G, représentés par Me Crovetto-Chastanet, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel le maire de Théoule-sur-Mer a délivré à la société civile immobilière (SCI) Méditerranée un permis de construire valant permis de démolir pour la réalisation d'un ensemble immobilier comprenant des logements, une salle communale, un local commercial et un parc de stationnement sur les parcelles cadastrées section A n° 256 à 260, 912 et 1733.

Ils soutiennent que :

- le projet ne s'insère pas dans le site inscrit dans la bande côtière de Nice à Théoule ;

- le projet est en contradiction avec les objectifs fixés par la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, la commission départementale de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers et ceux guidant l'élaboration du plan local d'urbanisme de la commune ;

- la différence de hauteur avec les constructions voisines méconnaît le règlement national d'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme ;

- le projet porte atteinte à la sécurité en raison de son accès via le boulevard de la Corniche d'Or ;

- le nombre de places de stationnement est insuffisant.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 janvier et 18 avril 2024, la société Méditerranée, représentée par Me Grech, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme globale de 15 000 euros soit mise à la charge des requérants, de

M. et Mme I, J et de M. H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les requérants n'ont pas d'intérêt à agir ;

- les interventions volontaires sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 janvier et 23 mai 2024, la commune de Théoule-sur-Mer, représentée par Me Masquelier, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme globale de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les interventions volontaires sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en intervention enregistrés les 27 février et 27 mai 2024, Mme A I, M. B I et la SCI Lelila, représentés par Me Mas, demandent que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de Mmes et M. G.

Par deux mémoires en intervention enregistrés les 20 mars et 27 mai 2024, M. C H, représenté par Me Mas, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de Mmes et M. G.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Soler, rapporteure,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Dazrug, représentant les requérants, de Me Grech, représentant la société Méditerranée et de Me Mas, représentant les intervenants.

Considérant ce qui suit :

1. Mmes et M. G sont propriétaires d'un appartement dans la résidence " La Corniche d'Or 2 " sur la parcelle cadastrée section A n° 2286 située sur le territoire de la commune de Théoule-sur-Mer. La société Méditerranée a déposé le 18 janvier 2023, une demande de permis de construire valant permis de démolir, pour la réalisation d'un ensemble immobilier comprenant des logements, une salle communale, un local commercial et un parc de stationnement sur les parcelles cadastrées section A n° 256 à 260, 912 et 1733. Par un arrêté du 16 mai 2023, le maire de Théoule-sur-Mer lui a délivré le permis de construire sollicité. Par leur requête, Mmes et M. G demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article R.*600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Et aux termes de l'article R.*424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. Cet affichage n'est pas obligatoire pour les déclarations préalables portant sur une coupe ou un abattage d'arbres situés en dehors des secteurs urbanisés. / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. / () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions, que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon, que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public. Lorsque le terrain d'assiette n'est pas desservi par une telle voie et que l'affichage sur le terrain ne pourrait, dès lors, satisfaire à cette exigence, seul un affichage sur un panneau placé en bordure de la voie publique ou de la voie privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain, fait courir le délai de recours contentieux à l'égard des tiers autres que les voisins qui empruntent la voie desservant le terrain pour leurs besoins propres. S'il incombe au bénéficiaire d'un permis de construire de justifier qu'il a bien rempli les formalités d'affichage prescrites par les dispositions précitées, le juge doit apprécier la régularité et la continuité de l'affichage en examinant l'ensemble des pièces qui figurent au dossier qui lui est soumis.

3. En premier lieu, il ressort des procès-verbaux de constat d'huissier établis les 16 juin, 13, 29 juillet et 16 août 2023 versés aux débats, qu'un panneau mentionnant le permis de construire n° PC00613823D0004 délivré le 16 mai 2023 à la société Méditerranée a été affiché au 4 boulevard de la Corniche d'Or à Théoule-sur-Mer, et fixé sur un grillage à gauche du portillon de la propriété. Ces mêmes constats d'huissier précisent que cet affichage est visible et lisible des tiers depuis la voie publique, et qu'il est de forme rectangulaire et ses dimensions supérieures à 80 centimètres de côté. Dès lors, la continuité de l'affichage de ce panneau pour une période de deux mois doit être regardée comme établie à compter du 16 juin 2023.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux de constats d'huissier produits tant par les requérants que par la société pétitionnaire, que le panneau d'affichage du permis de construire a été apposé boulevard de la corniche d'Or et que cette voie publique borde le terrain d'assiette des constructions projetées. Si les requérants font valoir que le panneau en cause a été affiché sur la voie publique bordant le terrain d'assiette du projet la moins accessible aux piétons et que l'arrêté attaqué mentionne une adresse avenue Charles Dahon, les dispositions précitées du code de l'urbanisme n'imposent pas au bénéficiaire d'un permis de construire de procéder à l'affichage de ce permis sur chacune des parcelles cadastrales composant le terrain d'assiette du projet, ni de procéder à un affichage à proximité de chacun des accès de ce terrain depuis la voie publique. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de cette circonstance pour soutenir que le délai de recours contentieux à l'encontre du permis litigieux n'aurait pas commencé à courir.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : / a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel ; / b) Si le projet porte sur un lotissement, le nombre maximum de lots prévus ; / c) Si le projet porte sur un terrain de camping ou un parc résidentiel de loisirs, le nombre total d'emplacements et, s'il y a lieu, le nombre d'emplacements réservés à des habitations légères de loisirs ; / d) Si le projet prévoit des démolitions, la surface du ou des bâtiments à démolir ". En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée et le lieu de consultation du dossier, les articles R.*600-2, R.*424-15 et A. 424-16 du code de l'urbanisme ont notamment pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours contentieux ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier, et de les mettre à même de consulter le dossier du permis.

6. En l'espèce, il ressort des procès-verbaux de constats d'huissier produits tant par les requérants que par la société pétitionnaire que le panneau en litige comporte l'ensemble des mentions exigées par les dispositions de l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme et précise notamment, s'agissant de la nature du projet, que celui-ci porte sur la démolition totale du bâti existant et la réalisation d'un projet immobilier de logements, d'une salle communale, d'un local commercial et d'un parc de stationnement public et privé. Il ne résulte pas de ces dispositions ni d'aucune autre disposition législative ou règlementaire que le panneau d'affichage d'un permis de construire devrait comporter le nombre de logements ou le nombre de places de parkings projetés. A cet égard, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que le panneau en litige indiquait le lieu de consultation du dossier, il était loisible aux requérants d'obtenir de telles informations. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'absence de telles informations pour soutenir que le délai de recours contentieux n'aurait pas commencé à courir.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R.*424-15 du code de l'urbanisme : " () / En outre, dans les huit jours de la délivrance expresse ou tacite du permis ou de la décision de non-opposition à la déclaration préalable, un extrait du permis ou de la déclaration, le cas échéant accompagné de la décision explicite de l'autorité administrative mentionnée au II de l'article L. 632-2 du code du patrimoine, est publié par voie d'affichage à la mairie pendant deux mois. Lorsqu'une dérogation ou une adaptation mineure est accordée, l'affichage en mairie porte sur l'intégralité de l'arrêté. L'exécution de la formalité d'affichage en mairie fait l'objet d'une mention au registre chronologique des actes de publication et de notification des arrêtés du maire prévu à l'article R. 2122-7 du code général des collectivités territoriales. / La publication par voie d'affichage en mairie prévue au troisième alinéa peut être remplacée par une publication par voie électronique sur le site internet de la commune. / () ".

8. Il ne résulte pas de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition législative ou règlementaire, que le panneau d'affichage devrait comporter la date d'affichage en mairie du permis de construire. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'absence d'une telle information pour soutenir que le délai de recours contentieux des tiers n'aurait pas commencé à courir.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). / " Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme). " ". Et aux termes de l'article A. 424-18 du même code : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".

10. En l'espèce, il ressort des procès-verbaux de constats d'huissier produits tant par les requérants que par la société pétitionnaire, que le panneau en litige comporte la mention des voies et délais de recours conformément aux dispositions de l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme. S'il ressort de ces mêmes constats que le bas du panneau était plié de sorte que cette mention était positionnée à l'horizontale sur un muret, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance rendait pour autant difficilement lisibles les indications portant sur les voies et délais de recours. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de cette circonstance pour soutenir que le délai de recours contentieux des tiers à l'encontre du permis litigieux n'aurait pas commencé à courir.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que l'affichage du permis de construire en litige doit être regardé comme régulier et comme ayant fait courir, à compter du 16 juin 2023 le délai de recours administratif et contentieux à l'égard des tiers qui a expiré le 16 août 2023.

12. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier, que les requérants ont formé le 11 août 2023, dans le délai de recours contentieux, un recours gracieux à l'encontre du permis de construire en litige du 16 mai 2023. A supposer que ce recours ait été notifié à la société pétitionnaire, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier, prorogeant ainsi le délai de recours, une décision implicite de rejet est née le 11 octobre 2023. Dès lors, le délai de recours contentieux de deux mois a ainsi commencé à courir à leur égard au plus tard à cette date et a expiré le 12 décembre 2023. Dès lors, à la date du 15 décembre 2023 à laquelle la requête de Mmes et M. G a été enregistrée, le délai de recours contentieux était expiré.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants, que la requête de Mmes et M. G est tardive et par suite irrecevable.

Sur les interventions de Mme I, M. I, la SCI Lelila et M. H :

14. Ces interventions étant présentées à l'appui de la requête irrecevable de Mmes et M. G, elles sont, en conséquence, elles aussi, irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mmes et M. G, au titre des frais non compris dans les dépens, une somme de 800 euros au profit de la société Méditerranée et une somme de 800 euros au profit de la commune de Théoule-sur-Mer. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme I, M. I, la SCI Lelila et M. H, qui ne sont pas parties à l'instance, soit condamnés à payer à la société Méditerranée la somme qu'elle demande au titre de ces frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes et M. G est rejetée.

Article 2 : Les interventions de Mme I, M. I, la SCI Lelila et M. H ne sont pas admises.

Article 3 : Mmes et M. G verseront à la société Méditerranée une somme de

800 (huit cents) euros, et à la commune de Théoule-sur-Mer une somme de 800 (huit cents) euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G, à M. D G, à Mme E K G, à la commune de Théoule-sur-Mer, à la société civile immobilière Méditerranée, à Mme A I, à M. B I, à la société civile immobilière Lelila et à M. C H.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINALe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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