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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2306314

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2306314

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2306314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 19 décembre 2023 et les 10 janvier et 8 février 2024, Mme A B, représentée par Me Oloumi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour pour raison de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer, une carte de résident en qualité d'ascendante de ressortissant français et de lui délivrer, dans le délai de 8 jours, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de lui délivrer, une un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans le délai de 8 jours, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de son droit au séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que les décisions attaquées sont entachées :

- d'une incompétence de leur signataire ;

- d'un défaut de base légale ;

- d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en ce que sa demande de titre a été analysée en vertu des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- et les observations de Me Della Monaca, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité arménienne, née le 6 octobre 1962, est entrée sur le territoire français le 5 mai 2016. Le 9 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Le 6 septembre 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après, " OFII ") a émis un avis défavorable. Par un arrêté en date du 15 novembre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, la décision litigieuse d'obligation de quitter le territoire français étant fondée sur le rejet de la demande d'admission au séjour pour soins médicaux de la requérante.

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Pour prendre les décisions attaquées et notamment la décision de refus d'admission au séjour, le préfet des Alpes-Maritimes s'est notamment fondé sur les circonstances tirées de ce que l'intéressée ne dispose pas en France de liens familiaux et personnels suffisamment intenses, anciens et stables et qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée régulièrement sur le territoire français le 5 mai 2016 muni d'un visa C et qu'elle a été titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade renouvelé à plusieurs reprises et d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en juillet 2021. En outre, Mme B, agée de 61 ans à la date des décisions attaquées, justifie résider chez son fils de nationalité française. Ce dernier est le seul membre de sa famille comme elle le démontre par un certificat délivré par la mairie de Biyemberyan en Arménie. Au regard de l'ancienneté de son séjour et de l'ensemble des pièces versées au dossier, la requérante doit être considérée comme démontrant la réalité de sa vie privée et familiale sur le territoire national. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée quant aux buts pour lesquels les décisions attaquées ont été prises.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour ainsi que, par voie de conséquence, de celles portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à la requérante un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au profit de la requérante, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 15 novembre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme B, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 900 (neuf cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseiller ;

M. Combot, conseiller ;

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 juin 2024.

Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,

signésigné

F. Silvestre-Toussaint-FortesaM. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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