mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2306326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Charamnac, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 août 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté, comme étant irrecevable, sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par courrier du 4 juillet 2023, réceptionnée par les services de la préfecture le 7 juillet 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera recouvrée directement par Me Charamnac en application de l'article 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ainsi qu'aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Sandjo, conseillère,
- et les observations de Me Charamnac, représentant Mme B, le préfet des
Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, requérante de nationalité algérienne, née en 1970, déclare être entrée en France le 13 novembre 2021, sous couvert d'un visa C délivré par les autorités consulaires autrichiennes en Algérie. Le 20 mars 2023, elle a déposé une demande d'asile en France. Puis, par un courrier réceptionné à la préfecture des Alpes-Maritimes le 4 juillet 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B a demandé la communication des motifs du refus par courrier du 5 novembre 2023, réceptionné en préfecture le 7 novembre suivant. Cependant, par une décision en date du 3 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au motif qu'elle était irrecevable. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 3 août 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre en raison de son irrecevabilité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.
Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
3. Si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions citées au point précédent, se substitue à cette première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles impartissent.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 5 novembre 2023, réceptionnée le 7 novembre 2023, Mme B a demandé au préfet des Alpes-Maritimes de lui communiquer les motifs fondant le rejet implicite de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Toutefois, par une décision du 3 août 2023, dûment motivée, le préfet a informé la requérante de l'irrecevabilité de sa demande, dès lors qu'elle avait été déposée après le délai prescrit s'agissant et que la requérante ne justifiant d'aucun élément nouveau. Cette nouvelle décision s'étant substituée à la décision implicite attaquée, les conclusions dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite intervenue le 3 août 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait entaché de défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". L'article D. 431-7 du même code précise que : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ". Il résulte encore des articles L. 521-7 et R. 521-8 du même code que, lorsque sa demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger se voit remettre au moment de son enregistrement, une attestation de demande d'asile qui l'autorise à rester sur le territoire.
6. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point 2 du présent jugement, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la notice d'information de demandeur d'asile remise à Mme B le 20 mars 2023, indiquait qu'elle disposait d'un délai de 2 mois, à compter de cette date, pour déposer une demande d'admission au séjour sur un autre fondement que celui de l'asile. Le délai ainsi fixé expirait le 20 mai 2023. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par la requérante n'a été déposée auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes que le 4 juillet 2023, soit plus de deux mois après le délai prescrit. Or, en l'état des pièces du dossier, Mme B ne justifie d'aucun élément nouveau qu'elle aurait porté à la connaissance de l'administration dans le cadre de sa demande susceptible de constituer une circonstance nouvelle, au sens et pour l'application de l'article L. 431-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme B, le 4 juillet 2023.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
G. SANDJO
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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