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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400018

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400018

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. C, qui contestait l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a d'abord écarté le moyen de procédure, estimant que le requérant ne justifiait pas d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, condition nécessaire pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a ensuite jugé que le refus ne méconnaissait pas l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, faute pour M. C de démontrer des attaches familiales stables en France. En conséquence, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 janvier et 24 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Bentolila en qualité de suppléante légale de Me M'Hamdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Bentolila en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors que sa demande d'aide juridictionnelle du 13 novembre 2023 a interrompu le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de trente jours a recommencé à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de la décision du bureau d'aide juridictionnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable du fait de la tardiveté du recours ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé ;

- le requérant ne remplit pas les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de titre de séjour du requérant et en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024, le rapport de M. Taormina, président-rapporteur, M. C et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L.432-14. () ".

2. Pour justifier remplir la condition prévue par les dispositions précitées à laquelle est subordonnée l'obligation pour l'autorité administrative de consulter la commission du titre de séjour, il appartient au requérant d'établir le caractère habituel de sa résidence sur le territoire national au cours des dix années précédant le refus de séjour litigieux, soit, en l'espèce, à partir de l'année 2013. Or, en l'espèce, le caractère habituel de la résidence de l'intéressé en France n'est établi qu'à compter de l'année 2017, date à partir de laquelle les pièces versées au dossier deviennent suffisamment probantes, nombreuses et diversifiées. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

4. En l'espèce, si le requérant soutient résider en France depuis 2012, les pièces versées au dossier ne permettent d'établir le caractère stable et continue de sa présence qu'à compter de l'année 2017. Par ailleurs, il n'est pas démontré que l'intéressé disposerait d'attaches familiales sur le territoire national ni même qu'il en serait dépourvu dans son pays d'origine. La circonstance selon laquelle M. C serait en concubinage avec Mme B, ressortissante serbe, dont la présence et la régularité de sa situation ne sont pas établies, ne permet pas de démontrer que le requérant a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, la promesse d'embauche produite par l'intéressé ne suffit pas à caractériser une insertion professionnelle particulière. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement faire valoir que l'arrêté attaqué aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne démontre pas avoir sollicité un titre de séjour sur ce fondement ni que le préfet a fondé sa décision sur ces mêmes dispositions.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que la situation du requérant relèverait de considérations humanitaires ou constituerait un motif exceptionnel. Si l'intéressé se prévaut d'une promesse d'embauche, celle-ci ne saurait suffire à caractériser une insertion professionnelle significative en France. Par ailleurs, alors que le requérant ne démontre le caractère habituel de sa résidence en France qu'à compter de l'année 2017, la durée de son séjour ne saurait constituer, en tout état de cause, un motif exceptionnel ou une considération humanitaire justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être qu'écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Bentolila et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président-rapporteur,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne,

SignéSigné

G. Taormina N. Soler

La greffière,

Signé

S. Genovese

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

N°2400018

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