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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400115

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400115

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAGAEV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 janvier et 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me Agaev, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 et de l'article 9 du code civil ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juin 2024 :

- le rapport de Mme Soler, rapporteure,

- et les observations de Me Agaev, représentant M. A, le préfet des

Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant azerbaïdjanais né en 1979, affirme être entré en France le 21 septembre 2004 et y résider de manière stable et continue depuis cette date. Par un courrier, reçu le 15 février 2023 par la préfecture des Alpes-Maritimes, il a demandé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle arrivant à expiration le 25 février 2023. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En l'espèce, les pièces produites au dossier permettent d'établir la continuité et la stabilité de la présence en France de M. A depuis le mois de septembre 2004. A cet égard, il produit notamment de nombreux titres de séjour couvrant les périodes du 21 septembre 2005 au 20 septembre 2006, du 15 octobre 2006 au 30 janvier 2009, du 31 janvier 2010 au 30 janvier 2012, du 17 novembre 2012 au 3 octobre 2014, du 4 octobre 2015 au 3 octobre 2016 et du 26 février 2021 au 25 février 2023. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a obtenu, au titre des années universitaires 2006-2007 et 2007-2008, une maîtrise et un master en économie-gestion délivrés par l'université de Nice-Sophia Antipolis, qu'il est père de deux enfants nés et scolarisés en France et qu'il a conclu, le 3 janvier 2023, avant l'expiration du titre de séjour dont il demandait le renouvellement, un contrat à durée indéterminée avec une société située à Grasse pour un emploi à temps plein de technicien de centrale photovoltaïque et d'équipements de production de chaleur avec la qualification de compagnon professionnel, pour un salaire mensuel brut de 2 400 euros. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale et que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. D'une part, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et en l'absence de tout changement allégué dans les circonstances de fait et de droit, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à l'intéressé un titre de séjour portant la mention

" vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à la délivrance du titre sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

6. D'autre part, l'exécution du présent jugement implique également qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour dès la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. A.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et

37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le conseil de M. A au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des

Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal d'instance de Nice.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINA

Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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