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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400200

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400200

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Hanan Hmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'ordonner l'effacement de signalement au fichier SIS II correspondant à la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et en accuser l'exécution en l'informant ainsi que le tribunal ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- Le rapport de Mme Chevalier-Aubert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 16 septembre 2004, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour par une demande réceptionnée par les services préfectoraux des Alpes-Maritimes le 13 juin 2022. Par un arrêté du 4 janvier 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Pour refuser la délivrance du titre de séjour que M. B sollicitait en qualité de jeune majeur, le préfet des Alpes-Maritimes s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Pour caractériser cette menace, le préfet a retenu, dans les termes de l'arrêté en litige, que l'intéressé était défavorablement connu des services de police pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis le 10 novembre 2022 et " d'agression sexuelle " le 27 février 2023. Toutefois, alors que le requérant conteste la réalité de ces faits, le préfet ne produit aucune pièce ni même observations en défense de nature à en établir la réalité et ne permet pas au juge de considérer que ces faits étaient de nature à faire regarder le comportement de l'intéressé comme susceptible de constituer une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le motif ainsi retenu par le préfet se trouve entaché d'erreur de fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. En l'espèce, M. B est entré régulièrement en France le 19août 2018 à l'âge de 13 ans. Il n'est pas contesté par le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a produit aucune observation en défense, qu'il a vécu d'abord avec son oncle, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2032, et a poursuivi sa scolarité depuis l'année 2018. Il justifie être en formation de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en menuiserie. Ainsi, dans ces circonstances, le requérant doit être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes, en prenant l'arrêté attaqué, a méconnu les stipulations précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, fixant le pays de destination de son éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de

M. B, que le préfet des Alpes-Maritimes délivre au requérant un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Eu égard à l'objet de la décision attaquée et des motifs d'annulation retenus plus haut, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'administration de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de mesures complémentaires.

Sur les frais liés au litige :

9. Le bénéfice de l'aide juridictionnelle ayant été refusée à M. B, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de prendre toute mesure propre à mettre fin sans délai au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 9 juillet 2023 ci-dessus annulée.

Article 4 : L'Etat versera à M. B, une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme C, première-conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

V. Chevalier-Aubert

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. Zettor

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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