vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2400209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 15 et 31 janvier 2024, la société Hivory, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 novembre 2023 par laquelle, le maire de Vallauris-Golfe Juan s'est opposée à la déclaration préalable (n°DP 00615523V0302) présentée, pour l'implantation d'antennes de téléphonie mobile sur un immeuble d'habitation sis à Vallauris-Golfe Juan, avenue Jean Moulin ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan de prendre un arrêté de non-opposition provisoire à la déclaration préalable en litige, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris-Golfe Juan une somme de 4 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
1°) s'agissant de la condition d'urgence :
- elle est remplie compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire de la commune par les réseaux de téléphonie mobile 3G , 4 G, 5 G et des engagements pris auprès de l'Etat ;
- en l'espèce, la partie de territoire concernée n'est pas couverte correctement par ses réseaux ;
2°) s'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, l'auteur de la décision attaquée s'est fondé sur les dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme, en considérant que le projet ne respectait pas ces dispositions relatives à l'insertion dans l'environnement ; or, le projet se trouve en zone UBb du plan local d'urbanisme ; il est ainsi constant qu'un " équipement collectif est une installation assurant un service d'intérêt général destiné à répondre à un besoin collectif " ; les antennes de téléphonie mobile entrent dans cette catégorie ; les exigences du règlement n'étant pas moindres que celles de l'article R.111-27 précité, il y a lieu de faire application de ces dispositions ; il est constant que la dissimulation des antennes relais de téléphonie mobile dans de fausses cheminées constitue une modalité d'insertion de nature à atténuer l'impact visuel du projet et adaptée aux projets situés dans un secteur présentant un intérêt ou un caractère à protéger, et y compris lorsque le projet prévoit de s'implanter sur un bâtiment protégé ; en l'espèce, l'emplacement du projet se trouve dans le site inscrit de la bande côtière de Nice à Théoule ; les abords du projet sont caractérisés par une urbanisation dense, composée de maisons d'habitation et d'immeubles collectifs ainsi que d'équipements publics ; la zone est qualifiée de " périurbaine " par le règlement du plan local d'urbanisme ; l'emplacement du projet est dans un secteur dont l'intérêt urbanistique et paysager est à relativiser ; le projet respecte les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme (UB11) pour ce qui est de l'aspect extérieur des constructions et plus précisément des ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif ; c'est d'ailleurs dans ces conditions que l'architecte des bâtiments de France a rendu un avis favorable au projet ; le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
Par mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, la commune de Vallauris-Golfe Juan conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Hivory à lui payer la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que l'urgence n'est pas démontrée et qu'il n'existe aucun moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 15 janvier 2024, sous le numéro 2400208 par laquelle la société Hivory demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 31 janvier 2024 :
- le rapport de M. Taormina, vice-président ;
- et les observations de Me Le Rouge de Guerdavid pour la société Hivory et de M. A pour la commune de Vallauris-Golfe Juan.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il ressort des cartes versées aux débats, qu'une partie du territoire concerné de la commune de Vallauris-Golfe Juan n'est pas suffisamment couverte par le réseau de Free Mobile. En outre, compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile dit 3G, 4G et 5G et des intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
4. S'agissant de l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il résulte de l'instruction et notamment de l'avis de l'architecte des bâtiments de France que le lieu d'implantation de la station relais de téléphonie mobile projetée n'est pas un site patrimonial remarquable. Conformément aux dispositions du plan local d'urbanisme de la Ville de Vallauris-Golfe Juan, à propos des éléments techniques, les éléments techniques sont masqués. En outre, il ne résulte pas des photographies produites du site concerné, que l'implantation querellée, dissimulée sous de fausses cheminées d'immeuble, sur un immeuble de douze étages, aurait, au regard des avantages techniques promis par rapport à l'esthétique des constructions déjà présentes, un quelconque impact visuel négatif. Dès lors, le moyen tiré de ce que le maire de Vallauris-Golfe Juan, en opposant au projet les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, a considéré que l'ouvrage projeté par la société Hivory présenterait un aspect trop monumental par rapport à des antennes nues, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée du 17 novembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
7. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision litigieuse interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite il doit être enjoint au maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan de prendre, dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, la décision de ne pas s'opposer à la déclaration préalable sollicitée le 25 septembre 2023, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai. Cette décision revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la commune de Vallauris-Golfe Juan une somme de 500 euros, à verser à la société requérante au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés. En revanche, les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Hivory la somme demandée par la commune de Vallauris-Golfe Juan à ce titre.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 17 novembre 2023 par laquelle, le maire de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la déclaration préalable (n° DP 00615523V0302) présentée, pour l'implantation d'antennes de téléphonie mobile une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis à Vallauris-Golfe Juan, avenue Jean Moulin, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Vallauris-Golfe Juan, de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition à ladite déclaration préalable de la société Hivory, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai.
Article 3 : La commune de Vallauris-Golfe Juan versera une somme de 500 euros à la société Hivory sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Vallauris-Golfe Juan formulées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Hivory et à la commune de Vallauris-Golfe Juan.
Fait à Nice, le 2 février 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
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