vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2400289 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 janvier 2024, Mme B C, épouse D, de nationalité tunisienne, représentée par Me Guez Guez, demande au juge des référés :
1°) de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la légalité de cette décision, de l'exécution de la décision du 22 décembre 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a clôturé la procédure d'instruction de sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français et de parent d'enfant français ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sans délai et dès notification de la décision à intervenir, sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour temporaire l'autorisant à travailler jusqu'à qu'il soit statuer sur sa demande au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
1°) s'agissant de l'urgence, elle ne peut se prévaloir vis-à-vis de son employeur à Nice d'un titre de séjour, que jusqu'au 1er février 2024 ;
2°) s'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée :
- elle est mariée avec M. A D, de nationalité française depuis le 13 mai 2022, union dont est né le 12 avril 2023 un enfant, de nationalité française ; en a justifié auprès des services préfectoraux compétents ; elle remplit les conditions des articles L.423-1 et L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en a justifié.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2400288, par laquelle Mme D, demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le 31 janvier 2024 à 15h00 :
- le rapport de M. Taormina, juge des référés ;
- et les observations de Me Guez Guez, pour Mme D.
Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la requérante ne dispose d'un titre de séjour que jusqu'au 1er février 2024 et que la perte de celui-ci l'expose, outre à perdre son emploi, à l'obligation de quitter le territoire français où elle vit avec son époux et son enfant, tous deux de nationalité française. Dès lors, elle doit être regardée comme justifiant de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative précitées.
4. S'agissant de l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, aux termes de l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :/ 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;/ 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L.423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
5. Pour clôturer l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme D formulée au titre de conjoint de français et d'enfant français, les services préfectoraux ont considéré que l'intéressée ne justifiait pas des conditions exigées par les textes précités, alors qu'il résulte des pièces produites dont notamment son livret de famille et les cartes d'identité de son conjoint et de son enfant, qu'elle a épousé le 13 mai 2022 M. D, titulaire de la nationalité française, mariage célébré à l'étranger transcrit sur les registres de l'état civil français, que de cette union est né le 12 avril 2023 un enfant titulaire de la nationalité française, et que la vie commune qui n'a pas cessé depuis le mariage est établie. Dès lors, il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a clôturé l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme D au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions requises pour l'obtention du titre de séjour demandé. Par suite, il y a lieu d'en suspendre l'exécution.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sans délai et dès notification de la présente ordonnance, la demande de titre de séjour de Mme D, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour temporaire l'autorisant à travailler.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 22 décembre 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a clôturé la procédure d'instruction de la demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français et de parent d'enfant français formulée par Mme B C, épouse D, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sans délai et dès notification de la présente ordonnance, la demande de titre de séjour de Mme D,et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour temporaire l'autorisant à travailler jusqu'à qu'il soit statuer sur sa demande de titre de séjour.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat, au profit de Mme B C, épouse D une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 2 février 2024
Le juge des référés,
Signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
N°2400289
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