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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400505

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400505

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantSEMPERE FLORIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 5 mars 2024, M. A B, représenté par Me Sempere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est en situation régulière en France où il a le droit de se maintenir le temps de l'examen de la nouvelle demande d'asile qu'il a introduite ;

- il est en danger en cas de retour en Turquie ;

- l'arrêté litigieux est dépourvu d'effet dès lors qu'il a introduit un recours suspensif devant le Cour nationale du droit d'asile contre la décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de séjour étant illégale, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination le sont également par conséquent et devront être annulées par voie d'exception d'illégalité.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 14 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mars 2024 :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me Sempere, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue turc qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 15 juillet 2000, a fait l'objet d'un arrêté en date du 17 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de protégé international, a prononcé à son encontre, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour en qualité de protégé international :

2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour en qualité de protégé international vise les textes applicables, et notamment les dispositions des articles L. 542-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait également état d'éléments de fait propres à la situation du requérant, indiquant notamment que sa première demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision devenue définitive et que l'intéressé n'établit pas la réalité des risques qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision litigieuse énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de délivrance d'un titre séjour en qualité de protégé international, qui ne procède pas à la détermination du pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième et dernier lieu, au vu de ce qui a été dit aux points 2 à 4, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté litigieux que le préfet des Alpes-Maritimes aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B en prenant à son encontre la décision portant refus de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité de protégée internationale pour contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Enfin aux termes de l'article L.531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () ; 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite le réexamen de sa demande d'asile a le droit de séjourner à ce titre sur le territoire national jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides quand cette demande a été rejetée en vertu des dispositions du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande de réexamen de sa demande d'asile présentée par M. B a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 21 mars 2023 notifiée à l'intéressé le 24 mars 2023 pour absence de craintes (mention " ADC " portée sur l'extrait TelemOfpra) en application du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit, en tout état de cause, que l'enregistrement du recours de M. B devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision d'irrecevabilité précitée n'a pas pour conséquence de proroger le droit au maintien sur le territoire dont il bénéficiait jusqu'alors et qui a pris fin le 21 mars 2023, soit préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Dès lors, M. B, qui ne bénéficiait plus d'un droit au maintien sur le territoire, est au nombre des étrangers pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité de protégée internationale pour contester la légalité de la décision fixant le pays de destination.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. B, qui fait valoir craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement en faveur du mouvement kurde, produit au soutien de ses allégations plusieurs documents judiciaires afférents à une procédure pénale qui aurait été engagée contre lui en Turquie. Toutefois, il ne précise que très peu la signification de ces pièces et en quoi elles corroborent son récit par ailleurs très peu circonstancié. A cet égard, aucune information précise n'est donnée quant aux poursuites qui auraient été engagées contre lui à la suite de l'enquête ouverte à son encontre pour des faits de propagande terroriste relatés dans un document émanant du parquet général et datant vraisemblablement de 2019. Dans ces conditions, les documents fournis par M. B ne permettent pas de le regarder comme établissant qu'il encourt, personnellement, le risque de subir des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas d'éloignement vers la Turquie ou vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024

La magistrate désignée,

signé

S. KolfLa greffière,

signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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