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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400551

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400551

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantSEMPERE FLORIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er février et 5 mars 2024, M. A B, représenté par Me Sempere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour en qualité de protégé international dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une attestation de demande d'asile ;

3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-il ne souhaite pas retourner en Turquie en raison de ses opinions politiques et il souhaite renouveler sa demande d'asile en France ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de séjour étant illégale, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination le sont également par conséquent et devront être annulées par voie d'exception d'illégalité.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 14 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mars 2024 :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me Sempere, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue turc, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 30 avril 1997, a fait l'objet d'un arrêté en date du 19 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de protégé international et a prononcé à son encontre, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour en qualité de protégé international vise les textes applicables, et notamment les dispositions des articles L. 542-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait également état d'éléments de fait propres à la situation du requérant, indiquant notamment que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, que son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile et que l'intéressé n'établit pas la réalité des risques qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision litigieuse énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté litigieux que le préfet des Alpes-Maritimes aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B en prenant à son encontre la décision portant refus de séjour.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. M. B, qui fait valoir craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement en faveur du mouvement kurde, produit au soutien de ses allégations plusieurs documents judiciaires postérieurs à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et afférents à des poursuites pénales engagées à son encontre en Turquie pour des faits de propagande en faveur d'une organisation terroriste, faisant état d'une audience fixée le 21 mars 2024. Dans ces circonstances particulières, en l'état du dossier et alors que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas produit de mémoire en défense, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée fixant la Turquie comme pays de destination est contraire aux stipulations précitées et à demander l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé à l'encontre de cette décision.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 19 janvier 2024 en tant qu'il fixe la Turquie comme pays de destination.

7. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, partie perdante au principal, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre des frais engagés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 janvier 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a fixé la Turquie comme pays de destination est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024

La magistrate désignée,

signé

S. KolfLa greffière,

signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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