Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de M. et Mme B... contestant le refus d'autorisation d'instruction en famille pour leur fils. La juridiction a jugé que le non-respect du délai de dépôt de la demande, fixé entre le 1er mars et le 31 mai par l'article R. 131-11 du code de l'éducation, justifiait à lui seul le refus, sans que l'administration ait à vérifier l'imputabilité de ce retard ou à appliquer une dérogation fondée sur l'intérêt supérieur de l'enfant. Le tribunal a également écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, estimant que la procédure légale avait été respectée. En conséquence, la décision de la commission de l'académie de Nice du 21 décembre 2023 a été confirmée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2024, M. et Mme B..., représentés par Me Fouret, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle la commission de l’académie de Nice a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire dirigé à l’encontre de la décision du 5 octobre 2023 du directeur académique des services de l’éducation nationale des Alpes-Maritimes refusant l’autorisation d’instruction en famille, de leur fils A..., au titre de l’année scolaire 2023-2024.
2°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Nice de leur délivrer l’autorisation d’instruire en famille pour leur fils A... ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de leur enfant A... ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils doivent être regardés comme soutenant que :
- la décision litigieuse est entachée d’une erreur de droit en ce que le refus opposé sur le non-respect du respect du calendrier fixé à l’article R. 131-11 du code de l’éducation ne peut justifier à lui seul un rejet de leur demande et qu’il revenait à l’administration de déterminer d’une part, si ce non-respect leur était imputable et d’autre part, si l’intérêt supérieur de l’enfant ne justifiait pas une dérogation à ces dispositions ;
- elle méconnaît l’intérêt supérieur de l’enfant et donc l’article 3-1 de la convention de New-York ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, la rectrice de l’académie de Nice conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 17 octobre 2025 :
- le rapport de Mme Sorin, rapporteure ;
- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. et Mme B... ont sollicité auprès du directeur académique des services de l’éducation nationale des Alpes-Maritimes, l’autorisation d’instruction à domicile de leur fils A... B... au titre de l’année scolaire 2023-2024. Par une décision du 5 octobre 2023, le directeur académique des services de l’éducation nationale des Alpes-Maritimes a rejeté leur demande. Par une décision du 21 décembre 2023, la commission de l’académie de Nice a confirmé cette décision et rejeté le recours préalable formé à l’encontre de la décision du 5 octobre 2023. M. et Mme B... demandent l’annulation de cette dernière décision.
2. Aux termes de l’article L. 131-5 du code de l’éducation : « Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (…) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : (…) 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille ». Aux termes de l’article R. 131-11 du même code : « Les personnes responsables d'un enfant qui sollicitent la délivrance de l'autorisation d'instruction dans la famille dans les conditions prévues par l'article L. 131-5 adressent leur demande au directeur académique des services de l'éducation nationale du département de résidence de l'enfant entre le 1er mars et le 31 mai inclus précédant l'année scolaire au titre de laquelle cette demande est formulée. / La délivrance d'une autorisation peut toutefois être sollicitée en dehors de cette période pour des motifs apparus postérieurement à cette dernière et tenant à l'état de santé de l'enfant, à son handicap ou à son éloignement géographique de tout établissement scolaire public ». Enfin, aux termes de l’article D. 131-11-10 du même code : « Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ».
3. En premier lieu, en vertu de l’article L. 131-5 du code de l’éducation, l’autorisation d’instruction dans la famille « est accordée pour une durée qui ne peut excéder l’année scolaire », une durée supérieure pouvant être prévue lorsque l’autorisation est justifiée par l’état de santé de l’enfant ou sa situation de handicap. L’article R. 131-11 du code de l’éducation prévoit que les demandes d’autorisation de l’instruction dans la famille doivent être adressées entre le 1er mars et le 31 mai inclus précédant l’année scolaire au titre de laquelle ces demandes sont formulées. Cet article prévoit également la possibilité de solliciter la délivrance d’une autorisation en dehors de cette période pour des motifs tenant à l’état de santé de l’enfant, à sa situation de handicap ou à son éloignement géographique, ainsi qu’en cas de menace pour l’intégrité physique ou morale d’un enfant scolarisé. La fixation de la période mentionnée au premier alinéa de l’article R. 131-11 du code de l’éducation, pour solliciter une dérogation à l’instruction dans un établissement ou école d’enseignement, est cohérente avec le calendrier d’inscription des enfants dans ces établissements et permet que les parents souhaitant instruire leur enfant dans la famille aient, en principe, reçu une réponse définitive à leurs demandes d’autorisation avant la rentrée scolaire. En outre, ce calendrier n’est pas manifestement inapproprié aux cas de demandes présentées pour des motifs liés à la pratique d’activités sportives ou artistiques intensives ou pour une situation propre à l’enfant, dès lors que ces deux motifs de demande correspondent à des situations prévisibles. Au demeurant, il est toujours loisible à l’autorité administrative d’examiner, à titre gracieux, une demande formulée hors délai.
4. Si, ainsi qu’il a été indiqué au point précédent, l’autorité administrative a la possibilité d’examiner à titre gracieux, la demande d’instruction en famille fondée sur une situation propre de l’enfant déposée hors délai, la circonstance que l’autorité administrative n’ait pas procédé à cet examen à titre gracieux ne saurait constituer une erreur de droit. Par suite, en rejetant la demande d’instruction en famille fondée sur le 4° de l’article L. 131-5 du code de l’éducation au motif qu’elle avait été déposée hors délai, sans avoir procédé à un examen à titre gracieux de cette demande, la commission de l’académie de Nice ne peut être regardée comme ayant commis une erreur de droit.
5. Il s’ensuit que dès lors que le motif de refus de la demande d’autorisation d’instruction en famille est le dépassement du délai, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention de New-York et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés comme étant inopérants.
6. Il résulte de ce qui précède, que la requête doit être rejetée dans l’ensemble de ses conclusions y compris celles à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Mme D... B... et à la ministre d’Etat, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice.
Délibéré après l’audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Thobaty, président,
Mme Sorin, première conseillère,
M. Loustalot-Jaubert, conseiller,
assistés de M. Baaziz, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.
La rapporteure,
signé
G. SORIN
Le président,
signé
G. THOBATY
Le greffier,
signé
A. BAAZIZ
La République mande et ordonne à la ministre d’Etat, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier