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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400843

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400843

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 février et 22 février 2024, M. D C, représenté par Me Lucaud-Ohin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à jour le fichier " SIS " (système d'information Schengen) en procédant à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué ne lui est pas opposable dès lors que la notification est irrégulière ;

- il est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire étant illégale, la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de 3 ans l'est également par conséquent et devra par voie d'exception d'illégalité être annulée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 11 avril 2024, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Lucaud-Ohin, représentant M. C,

- et les observations de Mme B représentant le préfet des Alpes-Maritimes .

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à cette audience du 11 avril 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Le mémoire du préfet des Alpes-Maritimes a été communiqué à M. C le 12 avril 2024

Les parties ont été régulièrement averties de la convocation à nouvelle audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert ;

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 12 janvier 1979, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans .

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme A B, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2024-035 du 11 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 09.2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme B a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement et notamment les obligations de quitter le territoire français prises à la suite d'interpellations ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne lui est pas opposable dès lors que la notification de celle-ci est irrégulière en ce que ni l'identité du gardien de la paix, ni son cachet n'apparaissent sur ladite décision. Toutefois comme il a été dit au point 2, l'arrêté a été signé régulièrement et en tout état de cause les conditions de notification sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, ce moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, notamment les articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses. En particulier, l'arrêté mentionne que le requérant est divorcé et sans charge de famille et qu'il est inscrit sur le fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires. En outre, et en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a en tout état de cause pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 dudit code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au regard de ces éléments, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doivent donc être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est divorcé, sans charge de famille et père de trois enfants de nationalité française à propos desquels il a déclaré, dans son audition du 5 février 2024, ne pas contribuer à leur entretien et à leur éducation. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu au moins jusqu'à son entrée en France déclarée en 2001 à l'âge de 22 ans. S'il invoque une entrée en France en 2001, il n'a d'ailleurs obtenu un premier titre de séjour qu'en 2004. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et il est constant que M. C a fait l'objet de nombreuses condamnations pénales, notamment d'une peine d'emprisonnement d'une durée de 8 mois, prononcée le 20 décembre 2016, par le tribunal correctionnel de Nice, pour des faits de récidive de conduite de véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique et conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation du permis de conduite, d'une peine d'emprisonnement de 5 ans dont 3 ans avec sursis prononcée le 15 décembre 2021 par la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence, pour des faits de violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et menace de mort réitérée commise par une personne étant, ou ayant été, conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et d'une peine d'emprisonnement d'une durée de 6 mois prononcée le 10 décembre 2009 par la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence pour des faits de blessures involontaires avec incapacité d'excédant pas 3 mois par conducteur d'un véhicule terrestre à moteur et délit de fuite. Dans ces conditions, et eu égard aux conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Si M. C soutient être père de trois enfants, il ressort des déclarations de l'intéressé lors de son audition du 5 février 2024, sans que cela ne soit contredit par les pièces versées au dossier, qu'il ne contribue pas à leur entretien et à leur éducation. De plus, il ne démontre ni la réalité des liens qu'il entretiendrait avec ces derniers t ni détenir l'autorité parentale à leur égard. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En sixième lieu et pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant en refusant de délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En septième lieu, il résulte des points précédents que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de 3 ans devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il attaque. Dès lors, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Chevalier, première conseillère,

Mme Kolf, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

V. Chevalier-Aubert

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Chevalier

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

N°2400843

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