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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400848

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400848

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantENSEN AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme B, qui impute l'aggravation de son état de santé à des erreurs de diagnostic et de surveillance lors de ses prises en charge en novembre et décembre 2022 au centre hospitalier de Grasse, au centre hospitalier de Cannes et à la clinique Mont Fleuri Orsac. La requête a été examinée sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative. L'expert devra déterminer les causes et conséquences des préjudices allégués, sans préjuger des responsabilités. L'ONIAM a été mis hors de cause à titre principal, faute de lien avec un accident médical non fautif relevant de la solidarité nationale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2024 sous le n° 2400848 et un mémoire enregistré le 26 mars 2024, Mme D B, représentée par Me Jean-Vincent Duprat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

1°) une expertise médicale afin de déterminer les causes et les conséquences de l'aggravation de son état de santé qu'elle impute à sa prise en charge les 12 novembre 2022 et 12 décembre 2022 au centre hospitalier de Grasse et d'évaluer l'étendue de ses préjudices en résultant ;

2°) la mise en cause outre le CH de Grasse, du CH de Cannes, de la clinique Mont Fleuri Orsac et de l'ONIAM ;

Mme B soutient que :

- elle a été admise aux urgences du CH de Grasse le 12 novembre 2022 avec 21 de tension, pour des céphalées inhabituelles et une importante fatigue ;

- en l'absence de scanner cet établissement a diagnostiqué une hypertension arterielle ;

- le lendemain elle s'est réveillée avec une brutale asymétrie faciale gauche et des troubles de la marche importants justifiant son placement au centre hospitalier de Cannes en réanimation ;

- l'IRM et le scanner cérébral révèlent un AVC d'âge ancien, aussi elle estime que le CH de Grasse a commis une erreur de diagnostic ;

- après une chute à la clinique Orsac à Grasse survenue le 12 décembre 2022, elle a été transférée au CH de Grasse qui a diagnostiqué un hématome sudoral aigu, des lésions hémorragiques et un

hématome intracrânien ainsi qu'une fracture de l'os occipital ;

- le CH de Grasse a commis un défaut de surveillance à son égard, suite à son hospitalisation au sein de l'établissement ORSAC ;

- elle est aujourd'hui gravement handicapée et vit en EHPAD ;

- l'argumentation de l'ONIAM sur l'absence d'indemnisation de sa part est prématurée en l'absence d'expertise judiciaire pouvant établir les responsabilités.

Par un mémoire, enregistré le 1er mars 2024, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Ali Saidji, s'oppose à sa mise en cause au titre de la solidarité nationale, le dommage dont se plaint la requérante n'étant pas imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins non fautif.

Il demande au juge des référés d'ordonner :

- à titre principal sa mise hors de cause et à titre subsidiaire, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sans reconnaître l'existence d'un droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

- que l'expert devra rechercher si le dommage allégué est imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, s'il est consécutif à un accident médical, et dans l'affirmative, de se prononcer sur la fréquence, le caractère habituel ou prévisible de telles conséquences, ainsi que sur les préjudices éventuellement en rapport avec ces dernières ;

- ce que de droit sur les dépens.

Par un mémoire enregistré le 4 mars 2024, le centre hospitalier de Grasse représenté par Me Sophie Chas, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous ses plus expresses protestations et réserves de responsabilité

Le CH de Grasse demande que la mission assignée à l'expert devra préciser :

-si un éventuel manquement aux règles de l'art, retard de diagnostic peut lui être reproché et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur ;

-si la responsabilité d'autres intervenants pourrait être engagée ;

-si un retard de diagnostic était retenu, de dire s'il a été à l'origine d'une éventuelle perte de chance et dans cette hypothèse, la chiffrer ;

-la production par l'organisme social d'un relevé de prestation détaillé des soins imputables à la prise en charge litigieuse afin de déterminer les débours directement imputables au manquement relevé.

Par un mémoire enregistré le 4 mars 2024, le centre hospitalier de Cannes représenté par Me Sophie Chas, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous ses plus expresses protestations et réserves de responsabilité

Le CH de Cannes demande que la mission assignée à l'expert devra préciser :

-si un éventuel manquement aux règles de l'art, retard de diagnostic peut lui être reproché et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur ;

-si la responsabilité d'autres intervenants pourrait être engagée ;

-si un retard de diagnostic était retenu, de dire s'il a été à l'origine d'une éventuelle perte de chance et dans cette hypothèse, la chiffrer ;

-la production par l'organisme social d'un relevé de prestation détaillé des soins imputables à la prise en charge litigieuse afin de déterminer les débours directement imputables au manquement relevé.

Par un mémoire enregistré le 18 mars 2024, la clinique Mont Fleuri d'Orsac, représentée par Me Charlotte Signouret, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée à son contradictoire sous ses plus expresses réserves et protestations d'usage tant sur le bien-fondé de sa mise en cause, que sur la mesure d'expertise sollicitée.

Elle demande au juge des référés :

- de désigner un expert spécialisé en neurologie ;

- de compléter la mission de l'expert ;

- d'ordonner le dépôt d'un pré-rapport à soumettre aux parties ;

- la charge des frais d'expertise à la requérante.

La Clinique fait valoir que :

- la requérante ne rapporte ni la preuve d'une faute commise par elle, ni celle d'un lien de causalité entre les préjudices allégués et la chute alléguée du 12 décembre 2022 au sein de son établissement qui conteste tout manquement ;

- la qualité de cette prise en charge fera justement l'objet d'une discussion dans le cadre de l'expertise médicolégale sollicitée.

Par un mémoire, enregistré le 17 septembre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui intervient pour la CPAM des Alpes-Maritimes, représentée par Me Benoit Verignon, indique que sa créance provisoire dans la présente instance s'élève à 75 632,97 € et demande au juge des référés de réserver ses droits à remboursement soient réservés jusqu'à fixation du préjudice subi et de statuer ce que de droit sur la demande d'expertise sollicitée.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mise hors de cause de l'ONIAM :

1. Aux termes des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci ()".

2. L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) demande au juge des référés de le mettre hors de cause de la présente procédure au motif que le dommage dont il est demandé réparation n'est pas imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins non fautif. En l'état de l'instruction, la gravité des conséquences des actes de soins sur l'état de santé de Mme D B n'est pas totalement déterminée, ni même l'origine exacte de l'ensemble de ses préjudices. En outre le degré d'atteinte permanente de son intégrité physique et la date de consolidation de son état de santé ne sont pas davantage établis. Il appartiendra, en effet, à l'expert désigné par la présente ordonnance de se prononcer sur ces points. Il suit de là que les conclusions de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause ne peuvent, en l'état de l'instruction, être admises.

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

4. Mme D B demande au juge des référés d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer les causes de l'aggravation de son état de santé et les différents préjudices qu'elle a subis à la suite de ses prises en charge entre novembre 2022 et décembre 2022 aux centres hospitaliers de Grasse et de Cannes, et de sa rééducation à la clinique Orsac Mont Fleuri où elle aurait chuté le 12 décembre 2022. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile, il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance au contradictoire du centre hospitalier de Grasse, du centre hospitalier de Cannes, de la clinique Mont-Fleuri ORSAC et de l'ONIAM.

Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :

5 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de la clinique Mont Fleuri d'Orsac tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise et les dépens :

6 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

7 . Il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur les dépens et les frais d'expertise de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par les parties sur ces modalités doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme D B, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, des centre hospitaliers de Grasse et de Cannes, de la clinique Mont-Fleuri ORSAC et de l'ONIAM.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical original de Mme D B que les établissements hospitaliers et la clinique lui fourniront sans délai notamment tous documents relatifs aux examens et soins dont elle a fait l'objet dans le cadre de ses prises en charges médicales entre novembre 2022 et décembre 2022 ; il pourra entendre toute personne des services concernés lui ayant donné des soins ;

2') d'examiner la requérante, de décrire les lésions, soins, interventions et traitements réalisés à la suite des prises en charges médicales litigieuses ;

3') de décrire les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge aux centres hospitaliers de Grasse, de Cannes et à la Clinique Mont Fleuri Orsac ;

4') de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie ..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de sa prise en charge, de rechercher si les dommages subis sur l'état de santé de la requérante résultent d'un manquement des services ou d'un aléa thérapeutique compte tenu de ses antécédents et de son état antérieur ; dans ce cas, préciser en quoi ce derniers ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre à la requérante des chances de les éviter et évaluer l'importance de cette perte de chance, en pourcentage ;

5°) d'évaluer, le cas échéant :

- l'étendue des préjudices qui en ont résulté à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique de la victime, antérieur aux interventions des services médicaux où elle a été prise en charge :

· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,

· date de consolidation de son état de santé,

· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,

· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel)

. les importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, des éventuels préjudices esthétique, sexuel et perte de chance sérieuse de guérison de la pathologie dont elle était atteinte lors de son admission au centre hospitalier de Grasse ;

- si les établissements médicaux ne devaient pas lui apporter d'autres soins ou prescriptions pour éviter la persistance des séquelles qu'elle présente ;

6°) de préciser, si besoin est les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration : dans l'affirmative, de donner au tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel devra y être procédé ;

7°) de dire si malgré son déficit permanent, la victime est au plan médical, physiquement et intellectuellement apte à reprendre dans les conditions antérieures ou autres, les activités qu'elle exerçait avant les interventions ou prises en charges sus-indiquées ; donner tous renseignements sur la nécessité de l'aide d'une tierce personne et, dans ce cas, en définir les conditions ;

8°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec cette éventuelle faute médicale, notamment au vu des relevés à solliciter auprès de l'organisme social, en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur A C exerçant au 2, boulevard Ste Anne- BP 600 à Toulon.

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport dans un délai fixé au 31 décembre 2025 à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par v oie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 - La présente décision sera notifiée Mme D B, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, au centre hospitalier de Cannes, au centre hospitalier de Grasse, la clinique mont-fleuri Orsac, à l'ONIAM et à, M. le docteur A C, expert.

Fait à Nice, le 23 octobre 2024.

signé

Marianne POUGET

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

2400848mgf

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