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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401070

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401070

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.COMBOT
Avocat requérantBEGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2024, M. B A, représenté par Me Begon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'arrêté accorde un délai de départ volontaire ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il a fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale en France et il justifie d'une résidence continue et habituelle en France ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il ne peut pas être renvoyé dans son pays d'origine au regard des risques qu'il encourt au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Combot, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mars 2024 :

- le rapport de M. Combot, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Begon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 18 août 1989 et ressortissant albanais, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et précise les éléments de fait relatifs à la situation du requérant. Par suite, et alors qu'un tel arrêté n'a pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait propres à la situation de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 9 février 2024 ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'acte en litige ni des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort de la décision attaquée qui porte obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, qu'elle n'est pas prise sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant ne saurait invoquer la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre de l'arrêté attaqué.

6. En cinquième lieu et pour les mêmes motifs, le requérant ne saurait également invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de l'arrêté attaqué qui n'est pas pris sur le fondement de cet article.

7. En sixième lieu, si M. A soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait en ce qu'elle indique qu'il ne justifie pas d'une résidence continue et habituelle en France, il ressort des pièces du dossier que M. A ne produit qu'une attestation d'hébergement du service migrants de la fondation de Nice dans le cadre de son accompagnement social et médico-social. Eu égard à son entrée récente sur le territoire, cette attestation n'est pas, à elle seule, de nature à établir qu'il réside en France de manière continue et habituelle. Par sutie, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A indique être entré sur le territoire français en août 2022 accompagné de sa conjointe et de sa belle-mère. Si M. A soutient que sa conjointe et sa belle-mère sont atteintes de pathologies et que celle de son épouse nécessite une prise en charge en France, il ne produit aucun élément de nature à étayer ses allégations. Enfin, le requérant indique que sa fille est née en France le 11 décembre 2022. L'ensemble de ces éléments ne sont cependant pas de nature à établir que M. A a fixé le centre de ses intérêts privés en France. Il s'ensuit qu'au regard de la durée et des conditions de séjour de M. A, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

10. En huitième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " Par ailleurs, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

11. Ces stipulations et ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

12. En l'espèce, le requérant fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il a fait l'objet d'une tentative d'assassinat et de persécutions. Toutefois, M. A ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Albanie, risques dont il n'est pas contesté que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile n'ont d'ailleurs pas retenu l'existence. En désignant l'Albanie comme pays de destination le préfet des Alpes-Maritimes n'a, dès lors, pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et n'a également pas méconnu les stipulations et les dispositions citées au point 10.

13. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

14. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée n'a pas pour effet de le séparer de sa famille, notamment de son enfant mineur, la cellule familiale pouvant se reconstituée dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2024. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 de code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Begon et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. CombotLe greffier,

Signé

A. Stassi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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