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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401227

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401227

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme BELGUECHE
Avocat requérantREDEAU HOURIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 3 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 mars 2024, M. A B, représenté par Me Redeau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler, en toutes ses dispositions, l'arrêté du 1er mars 2024, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, à titre subsidiaire, d'annuler la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travail " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision prononçant une interdiction de retour :

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'erreur d'appréciation ;

- est disproportionnée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit une pièce le 17 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 modifié ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen), abrogeant le règlement (CE) n° 562/2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- l'arrêt C-249/13 du 11 décembre 2014 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 19 avril 2024 à 9h00 le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes ni représentées ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit ;

1. M. B ressortissant moldave, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Et d'autre part, aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du 9 mars 2016 : 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () ".

3. La décision portant obligation de quitter le territoire français en litige vise les textes dont il est fait application et mentionne les éléments relatifs à sa situation personnelle de M. B, notamment le fait que si l'intéressé est entré en France muni d'un passeport biométrique l'exemptant de l'obligation d'être muni d'un visa court séjour, il n'a toutefois pas présenté de documents justifiant de l'objet et des conditions de son séjour, ni l'attestation d'accueil exigée pour une visite à caractère familial ou privée et le justificatif de prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales nécessitées par les soins qu'il pourrait engager en France. Le préfet en conclut que M. B rentre ainsi dans le champ d'application des dispositions combinées de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 5 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985. Il précise en outre que l'intéressé conserve toutes ses attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine, que s'il déclare venir en France pour travailler il ne le démontre pas et cette situation ne lui ouvre pas droit au séjour sur le territoire français. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cette décision comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Dans ces conditions les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant dont elle serait entachée ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ni des pièces du dossier, que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, de sorte que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant dont elles seraient entachées ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans son arrêt susvisé du 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision lui interdisant d'y retourner, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition signé par le requérant, qu'il a été entendu le 1er mars 2024 de 10h35 à 11h05 par les services de police sur sa situation administrative, soit préalablement à la notification de l'arrêté en litige qui lui a été faite le même jour à 15h35, qu'il a été interrogé au cours de cet entretien sur sa situation familiale, sa nationalité, les raisons et les conditions de son départ de son pays d'origine, de son arrivée et de son séjour sur le territoire français, sur l'existence d'une demande de protection internationale ainsi que sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit de l'Union européenne qu'est le respect des droits de la défense et dont le droit d'être entendu dans toute procédure fait partie intégrante, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, à supposer que le requérant ait entendu soulever à l'encontre de la décision en litige le moyen tiré de l'erreur de fait dont elle serait entachée au motif que le préfet mentionne à tort une entrée sur le territoire national le 12 septembre 2023, alors qu'il est présent en France depuis fin 2021, toutefois, d'une part, la date d'entrée sur le territoire national le 12 septembre 2023 ne ressort pas de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français mais de celle de l'interdiction de retour et, d'autre part, la présence de l'intéressé sur le territoire français à compter de la fin de l'année 2021 n'est pas établie par les pièces du dossier, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entachée la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. Si M. B se prévaut de sa situation professionnelle en France en tant qu'auto-entrepreneur, il ne verse au dossier aucun élément permettant d'apprécier le chiffre d'affaires généré par cette activité qu'il indique avoir déclarée le 15 mars 2022, en se bornant à produire une déclaration de chiffre d'affaires à l'URSSAF du 1er trimestre 2022 non renseignée, ainsi que des factures qui, pour la plupart ne précisent pas la nature des prestations réalisées ainsi que des relevés de compte bancaire d'auto-entrepreneur au titre des mois de mai, juin, juillet, août, octobre et novembre 2023 ainsi qu'au titre du mois de février 2024. S'il soutient également être entré en France en 2021, il ne l'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 7 et ne justifie pas avoir transféré durablement le centre de ses intérêts professionnels, privés et familiaux sur le territoire français, alors même qu'il a indiqué, lors de son audition par les forces de police le 1er mars 2024, être entré en France avec son fils âgé de vingt ans et que son épouse et sa fille mineure demeurent en Moldavie. Dans ces conditions, quand bien même l'intéressé est co-locataire d'un logement situé à Mandelieu-La-Napoule, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant, d'une part, que M. B ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français et n'avoir jamais sollicité de titre de séjour et d'autre part, que les liens personnels et familiaux en France de l'intéressé ne sont pas anciens, intenses et stables et n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

11. Il ressort des termes de la décision en litige que pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement au motif qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. S'il est vrai que M. B est co-locataire d'un logement situé à Mandelieu-La-Napoule ainsi que cela ressort du bail versé au dossier, et qu'ainsi le motif tiré du défaut de justification d'une résidence effective et permanente sur le territoire est erroné, toutefois il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif tiré du maintien irrégulier de l'intéressé sur le territoire sur le fondement du 2° de l'article 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent. Dans ces conditions le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché la décision en litige d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

13. Il résulte des dispositions précitées que lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. S'il est vrai que le préfet a fondé sa décision, notamment, sur le motif erroné tiré de ce que M. B a déclaré être entré en France le 12 septembre 2023 alors qu'il résulte des pièces du dossier que le requérant a déclaré son activité d'auto-entrepreneur à l'URSSAF le 15 mars 2022, il résulte toutefois de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, sur lequel il s'est également fondé pour prendre la décision en litige. Il ressort en effet des pièces du dossier que la présence de M. B sur le territoire français est récente et qu'en outre ce dernier ne dispose pas de liens anciens dont il pourrait se prévaloir. Ainsi, en retenant que l'intéressé ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France et en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces circonstances, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'est pas disproportionnée.

15. En deuxième lieu, et en tout état de cause, si le requérant soutient ne pas être connu des services de police, que son comportement ne saurait en aucune manière constituer un trouble à l'ordre public et que dans sa décision le préfet a occulté ce point important, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier la portée et, par suite, le bien-fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

S. BELGUECHE La greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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