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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401278

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401278

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SZEPETOWSKI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant sur le recours pour excès de pouvoir de la société SAGEC Méditerranée, a examiné la légalité de l'arrêté préfectoral du 12 septembre 2023 refusant un permis de construire pour un immeuble de 55 logements au Cannet. La société soutenait notamment être titulaire d'un permis tacite et invoquait une méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI). Le tribunal a rejeté la requête, considérant qu'aucun des moyens soulevés n'était fondé, et a ainsi validé le refus de permis opposé par le préfet des Alpes-Maritimes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars 2024 et 3 juin 2025, la société par actions simplifiée SAGEC Méditerranée, prise en la personne de son représentant légal et représentée par Me Szepetowski, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes Maritimes a rejeté sa demande de permis de construire n° PC 006 030 22 C0097 portant sur la construction d'un immeuble de 55 logements, la création d'un local commercial en rez-de chaussée et de 112 places de stationnement sur un terrain cadastré n° AC 246, n° AZ 376, n° AZ 377, n° AZ 378, n° AZ 379, n° AZ 390 sis Impasse de l'horloge au Cannet ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le certificat de permis de construire dont elle était tacitement bénéficiaire dès le 16 septembre 2023 ou, à titre subsidiaire, de lui accorder le permis de construire sollicité assorti de prescriptions spéciales si nécessaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- elle était titulaire d'un permis de construire tacite dès le 16 septembre 2023 ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il retire un permis de construire tacite en l'absence d'une procédure contradictoire préalable ;

- et il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation (PPRI) de la commune du Cannet, approuvé le 15 octobre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 6 mai 2025, la commune du Cannet, prise en la personne de son maire en exercice, entend intervenir au soutien des conclusions de la société par actions simplifiée SAGEC Méditerranée aux fins de rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2025 :

- le rapport de Mme Cueilleron ;

- les conclusions de M. Holzer, rapporteur public ;

- et les observations de Me Szepetowski, pour la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 septembre 2023, le préfet des Alpes Maritimes a refusé de délivrer à la société par actions simplifiée (ci-après" SAS ")" SAGEC Méditerranée " un permis de construire n° PC 006 030 22 C0097 portant sur la construction d'un immeuble de 55 logements, la création d'un local commercial en rez-de chaussée et de 112 places de stationnement en sous-sol sur un terrain cadastré n° AC246, n° AZ376, n° AZ377, n° AZ378, n° AZ379, n° AZ 390, sis Impasse de l'horloge au Cannet. La SAS SAGEC Méditerranée a formé un recours gracieux auprès du préfet des Alpes Maritimes le 10 novembre 2023 auquel l'autorité préfectorale n'a pas répondu. La SAS SAGEC Méditerranée demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023, ensemble la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté son recours gracieux à l'encontre dudit arrêté.

Sur l'intervention de la commune du Cannet :

2. La commune du Cannet, qui est directement concernée par le projet litigieux, a intérêt à intervenir dans le cadre de l'instance au soutien des conclusions de la SAS SAGEC Méditerranée à fin d'annulation de la décision attaquée. Par suite, son intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-28 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article R. 423-23 est porté à : () / b) Cinq mois lorsqu'un permis de construire porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation (). Aux termes de l'article R.*423-19 dudit code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ", et aux termes de l'article R.*423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-4et " Il résulte de ces dernières dispositions qu'en cas de demande de pièces complémentaires, le délai d'instruction est interrompu, à la condition toutefois que cette demande intervienne dans le délai d'un mois et qu'elle porte sur l'une des pièces limitativement énumérées par le code de l'urbanisme. Ainsi, le délai d'instruction n'est ni interrompu ni modifié par une demande intervenant après ce délai d'un mois.

4. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / Le dossier joint à ces demandes et déclarations ne peut comprendre que les pièces nécessaires à la vérification du respect du droit de l'Union européenne, des règles relatives à l'utilisation des sols et à l'implantation, à la destination, à la nature, à l'architecture, aux dimensions et à l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords ainsi que des dispositions relatives à la salubrité ou à la sécurité publique ou relevant d'une autre législation dans les cas prévus au chapitre V du présent titre. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret. / () ". Selon l'article L. 424-2 du même code ! " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non opposition à la déclaration préalable ; / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Par exception au b) de l'article R. 424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet dans les cas suivants : / () i) Lorsque le projet porte sur une démolition soumise à permis en site inscrit () ". Il résulte des dispositions précitées que le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la demande de permis de construire porte sur une démolition soumise à permis en site inscrit, y compris lorsque cette demande porte également sur une construction.

5. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a déposé la demande de permis de construire en litige le 22 décembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que la préfecture des Alpes-Maritimes, service instructeur, a sollicité le 17 janvier 2023, soit dans le délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme, une demande de pièces complémentaires à la société pétitionnaire et l'a informé d'une majoration du délai d'instruction de deux mois. Il est constant que la société pétitionnaire a déposé les pièces complémentaires le 16 avril 2023, lesquelles ont été réceptionnées le 17 avril 2023 par le service instructeur. Dans ces conditions, la demande du service instructeur effectuée le 17 avril 2023 et relative au numéro de récépissé de déclaration à l'ordre de l'architecte du projet, n'a pas eu pour effet de prolonger le délai d'instruction de la demande d'autorisation litigieuse dès lors qu'aucune disposition du code de l'urbanisme régissant la composition du dossier de demande de permis de construire n'impose la communication d'une telle information.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire Cerfa, que la demande de la société pétitionnaire porte, pour partie, sur la démolition de cinq maisons d'habitation et leurs annexes ainsi que d'un local d'entrepôt et, pour l'autre partie, sur la construction d'un immeuble de 55 logements, la création d'un local commercial en rez-de chaussée et de 112 places de stationnement et que le terrain d'assiette du projet est situé dans le site inscrit de la bande côtière de Nice à Théoule. Par suite, en application des dispositions citées au point 3, aucun permis tacite n'a pu dans ces conditions naître du silence de l'administration. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux daté du 12 septembre 2023, notifié le 25 septembre suivant, soit après l'expiration du délai d'instruction de la demande de la société pétitionnaire, constitue non pas une décision de retrait d'une décision tacite de permis de construire mais au contraire une décision confirmative de la décision de rejet implicite de la demande dudit permis de construire. Dès lors la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige devrait s'analyser comme une décision de retrait d'un permis de tacite et qu'il était soumis, à ce titre, au respect d'une procédure contradictoire préalable. Il en résulte que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les considérations relatives à la commodité du voisinage ne relèvent pas de la salubrité publique au sens de ces dispositions.

9. En l'espèce, il est constant que pour caractériser un risque à la sécurité publique et s'opposer à la délivrance du permis de construire sollicité, le préfet des Alpes Maritimes s'est fondé sur le risque d'inondation compte tenu de l'avis défavorable rendu par le service technique cycle de l'eau de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins en l'absence d'information permettant de vérifier la règlementation applicable en termes d'inondation, notamment concernant le fonctionnement des bassins, ainsi que sur la circonstance que, ni le vallon du Riou, ni la marge de recul par rapport à l'axe de ce vallon, ne sont répertoriés sur les éléments cartographiques joints au dossier de la demande de permis de construire de telle sorte qu'il était impossible de vérifier le respect d'une quelconque marge de recul imposée par les prescriptions du plan de prévention des risques prévisibles d'inondation de la commune du Cannet, approuvé le 15 octobre 2021.

10. Toutefois, et d'une part, il est constant que le service instructeur n'a adressé aucune demande tendant à que la société pétitionnaire complète sa demande avec les éléments qui viennent d'être mentionnés de telle sorte que le préfet des Alpes-Maritimes n'est pas fondé à se prévaloir, pour refuser le permis de construire litigieux, de telles insuffisances. D'autre part, la seule circonstance, à la supposer avérée, que les pièces dudit dossier étaient insuffisantes pour contrôler la conformité du projet à la réglementation applicable en matière de gestion des eaux pluviales ne saurait en tout état de cause suffire à justifier un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier de permis de construire que ce dernier contient une pièce cotée " PC2 ", détaillant les caractéristiques du bassin de rétention à débit de vidange limité du projet litigieux, le détail des surfaces imperméabilisés, les dimensions ainsi que le débit maximum rejeté à l'exécutoire ainsi qu'une carte à l'échelle permettant de matérialiser l'emplacement des deux bassins de rétention et leur raccordement au réseau des eaux pluviales. Enfin, s'il est vrai que les documents du permis de construire n'indiquent pas la distance exacte du projet litigieux par rapport au vallon du Riou, il ressort toutefois des pièces du dossier que ces documents permettaient en tout état de cause au service instructeur, au demeurant rédacteur du PPRI, d'identifier précisément la localisation du projet litigieux et d'en déduire qu'aucune des parcelles litigieuses n'était implantée dans l'axe du vallon de Riou, ni dans aucune des marges de recul par rapport à ce même axe, et que ces parcelles n'étaient dès lors pas concernées par l'aléa d'inondation au regard de la carte des aléas jointes à ce même plan de prévention.

11. Par suite, au regard de l'ensemble des éléments sus-analysés, l'existence d'un risque sérieux pour la sécurité lié à la réalisation de ce projet n'est pas avéré et la société requérante est donc fondée à soutenir que le préfet des Alpes Maritimes a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

14. Le présent jugement censure l'unique motif de refus par lequel le préfet des Alpes-Maritimes s'est opposé à la demande de permis de construire de la SAS SAGEC Méditerranée. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'accueillir l'autorisation de construire sollicitée par la société requérante ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à la SAS SAGEC Méditerranée le permis de construire sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société par actions simplifiée SAGEC Méditerranée et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la commune du Cannet est admise.

Article 2 : L'arrêté du 12 septembre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 3 : Il est enjoint préfet au des Alpes-Maritimes de délivrer à la société par actions simplifiée SAGEC Méditerranée le permis de construire n° PC 006 030 22 C0097 sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le préfet des Alpes-Maritimes versera à la société par actions simplifiée SAGEC Méditerranée une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée SAGEC Méditerranée, au préfet des Alpes-Maritimes et à la commune du Cannet.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Bulit, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2025.

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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