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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401354

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401354

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEMES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars 2024 et 6 juin 2024, la société par actions simplifiée (SAS) IFD Habitats, représentée par Me Governatori, demande au juge des référés :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Roquebrune Cap Martin a rejeté sa demande de permis construire n° PC 006 104 23 H0010 pour la démolition d'une villa et la construction d'un immeuble de l6 logements collectifs sur une section cadastrée AH 24 sise 473 avenue de la Paix à Roquebrune-Cap-Martin, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux à l'encontre dudit arrêté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Roquebrune-Cap-Martin de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de la Commune de Roquebrune-Cap-Martin une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- ledit arrêté méconnaît les dispositions de l'article UB7 du règlement du PLU de la commune concernant les limites séparatives ;

- et il est entaché d'une erreur d'appréciation sur le fondement de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Roquebrune-Cap-Martin relatif à l'insertion des constructions dans le site.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la commune de Roquebrune-Cap-Martin, prise en la personne de son maire en exercice et représentée par Me Jacquemin, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête au fond, et en tout état de cause à la condamnation de la société IFD Habitats au versement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute de capacité juridique de la société requérante ;

- aucun des moyens soulevés n'est au demeurant fondé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Cueilleron ;

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lefebvre, pour la SAS IFD Habitats, et de Me Bessis-Osty, pour la commune de Roquebrune-Cap-Martin.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (ci-après, " SAS ") " IFD Habitats " demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le maire de Roquebrune-Cap Martin a refusé de lui délivrer un permis de construire n° PC 006 104 23 H 0010 portant sur la démolition d'une villa et la construction d'un immeuble de l6 logements collectifs sur une section cadastrée AH 24 sise 473 avenue de la Paix, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formulé le 27 novembre 2023 à l'encontre dudit arrêté.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait de KBIS en date du 14 avril 2024 transmis par la société requérante que Mme B A est présidente de la société par actions simplifiée IFD Habitats dont les statuts ont été déposés le 20 octobre 2016. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de capacité à agir en justice de la société requérante ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après " PLU ") de la commune Roquebrune-Cap Martin, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Les piscines et bassins d'agrément doivent être implantés à au moins 4m de toute limite séparatives ()".

4. En l'espèce, pour refuser le permis de construire sollicité par la société requérante, le maire de la commune de Roquebrune-Cap Martin s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que le projet méconnaissait les dispositions de l'article UB 11 du règlement du PLU de la commune dès lors que la piscine est située à 3,58 mètres de la limite séparative ouest et à 3,36 mètres de la limite séparative est. Il est constant que la piscine est située au dernier étage de la construction et ne présente aucun débord de cet étage de sorte qu'elle s'inscrit intégralement dans l'emprise de la construction. Compte tenu de cette circonstance, la piscine bénéficie de l'implantation de la construction pour laquelle il n'est pas soutenu par la commune qu'elle méconnaîtrait les règles d'implantation par rapport aux limites séparatives. De plus, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse modifié le 12 juin 2023 et annexé au recours gracieux de la société requérante, que cette dernière a modifié les plans du projet, en particulier la forme de la piscine afin que cette dernière respecte les règles relatives aux limites séparatives prévues par l'article UB7 du PLU de Roquebrune-Cap Martin. Il s'ensuit que le motif de refus fondé sur la méconnaissance par la piscine des dispositions de l'article UB7 du règlement du PLU est entaché d'illégalité.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune Roquebrune-Cap Martin, relatif à l'insertion des constructions dans l'environnement : " () Les constructions à édifier ou à modifier ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Elles doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux compatible avec la bonne économie de la construction et la tenue générale de l'agglomération. / () ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. En l'espèce, pour refuser le permis de construire sollicité par la société requérante, le maire de la commune de Roquebrune-Cap Martin s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que le projet méconnaissait les dispositions de l'article UB 11 du règlement du PLU de la commune dès lors que les caractéristiques du projet étaient de nature à porter atteinte au caractère des sites existants compte tenu, d'une part, du volume disproportionné et disgracieux du projet et, d'autre part, de la forme massive et complexe de ce dernier, surmonté d'une tour coiffée d'une toiture en zinc de forme arrondi, sur une parcelle de taille réduite (50 m2). S'agissant de la qualité du site, il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de demande de permis de construire, de l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 29 août 2023 et du site officiel Géoportail accessible tant aux juges qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet est situé en zone UB du PLU de la commune de Roquebrune-Cap-Martin correspondant aux extensions urbaines denses de la commune. Le terrain d'assiette du projet est, par ailleurs, situé dans le périmètre du site inscrit du littoral de Nice à Menton et du monument historique classé du tombeau romain. Les lieux avoisinants sont urbanisés et constitués de constructions d'habitation collective et individuelle. Il s'ensuit que le site dans lequel le projet a vocation à s'insérer ne présente pas de caractère particulier. Par ailleurs, s'agissant de l'impact de la construction sur le site compte tenu de sa nature et de ses effets, il ressort des mêmes pièces du dossier que le projet consiste en la construction d'un immeuble de 5 étages présentant une architecture moderne. Si l'architecte des bâtiments de France a, dans son avis du 29 août 2023 indiqué que : " la toiture cintrée en zinc du dernier étage apparait comme un élément singulier qui détonne au regard des architectures avoisinantes ", il a émis un avis favorable sur le projet tant au titre du site inscrit que du monument historique. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir qu'en fondant le refus de permis de construire sur les dispositions de l'article UB11 du règlement du PLU, le maire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Si la commune indique dans l'arrêté litigieux que les teintes retenues qui vont du blanc au gris foncé, ne permettent pas à la construction de s'insérer harmonieusement dans le paysage urbain existant, elle ne soutient pas que ces teintes ne seraient pas autorisées par le règlement du PLU et, à supposer même que ces teintes ne soient pas appropriées, le maire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin pouvait assortir un accord de permis de construire de prescriptions spéciales concernant les teintes de la construction. Il s'ensuit que le motif de refus fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article UB11 du règlement du PLU est également entaché d'illégalité.

7. En troisième et dernier lieu, si la société requérante soutient que la décision litigieuse serait entachée d'un détournement de pouvoir, caractérisé par l'erreur commise par la commune dans le certificat d'urbanisme concernant le classement d'une partie du terrain d'assiette du projet litigieux au titre du plan de prévention des risques naturels " mouvements de terrains " (ci-après, " PPRNMT "), par la carence de la commune au regard de ses obligations en matière de mixité sociale des logements ou encore par la circonstance que la commune aurait tenté d'empêcher les opérations en vue d'établir l'étude de sol " G2 AVP " prévue par le PPRNMT, il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier que la commune aurait poursuivi un but étranger à l'intérêt général en prenant la décision en cause. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que SAS IFD Habitats est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 octobre 2023 du maire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formulé le 27 novembre 2023 à l'encontre dudit arrêté.

Sur les conclusions de la comme de Roquebrune-Cap-Martin au titre des frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que la commune de Roquebrune-Cap-Martin demande au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SAS IFD Habitats présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 octobre 2023 du maire de la commune Roquebrune-Cap-Martin et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 27 novembre 2023 à l'encontre dudit arrêté sont annulés.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Roquebrune-Cap-Martin au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée IFD Habitats et à la commune de Roquebrune-Cap-Martin.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2401354

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